La maîtrise de la mondialisation selon la Commission

La Commission européenne a sorti récemment un document de réflexion « sur la maîtrise de la mondialisation ».

De quoi parle-t-on ? Et que peut-on attendre de la réflexion de la Commission ?

D’un document portant sur un phénomène aussi complexe que la mondialisation, on est en droit d’attendre une définition précise. Or, celle-ci fait défaut. La Commission fait de la mondialisation un fourre-tout comprenant, entre autres, les flux de marchandises, de services, le développement de l’internet puis des plateformes numériques, l’immigration, l’accès des consommateurs à des biens et services diversifiés, la lutte contre le réchauffement climatique... Sur le plan de la datation, les choses sont tout aussi floues. La Commission fait remonter la mondialisation au 19e siècle, alors qu’il aurait été plus utile de se focaliser sur les transformations économiques des trois dernières décennies. On souhaiterait un débat basé sur des hypothèses précises et donc vérifiables ; on est plutôt dans un exercice de communication et de rhétorique qui se développe en trois temps.
« Les peurs sont tout à fait réelles et, dans certains cas, fondées »
La Commission concède – pour la première fois ? - que la mondialisation n’est pas entièrement bénéfique. Si, globalement, elle renforce la prospérité, la mondialisation « s’accompagne aussi de défis ». Premier défi, les inégalités ; certaines populations et régions bénéficiant plus de la mondialisation que d’autres. Deuxième défi, le fait que les entreprises mettent les territoires en concurrence et que cela « conduit à des fermetures d’entreprises, à des pertes d’emplois ou à une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail ». La Commission souligne aussi que « certaines entreprises et certains gouvernements étrangers se sont lancés dans des pratiques commerciales déloyales ». En disant cela, elle est proche de fournir une définition.
Qu’est-ce que la mondialisation en effet ? Un processus de mise en concurrence des travailleurs grâce à la faculté qu’acquiert le capital - entreprises et placements financiers – de se déplacer sans presqu’aucune contrainte. Ce qui permet la destruction des protections sociales, d’une part parce que les gouvernements tentent d’attirer le capital en abaissant ces protections ; d’autre part, parce que les entrées et sorties massives de capital spéculatif dans certains pays y provoquent des crises désastreuses et une explosion de la dette de l’Etat.
« Il faudra résister aux tentations de l’isolationnisme »
Ces constats conduisent-ils la Commission à considérer que la mondialisation a été trop loin ? Qu’une démondialisation partielle devrait être promue, en commençant par exemple par un contrôle des mouvements de capitaux spéculatifs, comme cela était le cas dans l’après-guerre ? La réponse est non. La Commission fait quelques concessions sur les constats, mais le but premier du document est de mettre en garde contre les « tentations de l’isolationnisme » et du protectionnisme. Ces notions, elles non plus, ne sont pas définies. On a l’impression que toute mesure de contrôle, fut-elle de l’argent spéculatif (« hot money »), apparenterait le gouvernement qui y aurait recours à la Corée du Nord.
« La mondialisation ne pourra être ni arrêtée, ni inversée »
Dès lors, le document ne peut atterrir que sur des solutions soit trompeuses, soit utopiques. Dans les premières, il y a les accords de commerce et d’investissement actuels (CETA, JEFTA) dont la Commission prétend qu’ils donnent une dimension sociale à la mondialisation, ce qui est une contre-vérité. Dans les deuxièmes, il y a par exemple l’idée que « des systèmes de négociation collective [soient] promus à l’échelle mondiale », une idée très étonnante quand on sait que dans la plupart des pays européens la concertation sociale est soit affaiblie, soit détruite. La Commission clôt elle-même le débat : la mondialisation « ne pourra être ni arrêtée ni inversée ».
Etienne Lebeau