Le cdH débranche la prise

Chronique d’une stratégie politicienne

Juste avant les vacances d’été, le cdH, par la bouche de son président, retirait la prise du gouvernement wallon. Le parti socialiste, son partenaire de majorité, serait devenu infréquentable car trop impliqué dans les scandales (Publifin, Samu-social) qui secouent le monde politique depuis des mois.

Le cdH a aussi fait de même au niveau des gouvernements bruxellois et communautaires, mais à l’heure où nous mettons sous presse, celui-ci a été incapable d’y former une majorité alternative.
Vous avez dit gouvernement éthique ?
La bonne gouvernance sera donc maintenant incarnée par le gouvernement MR-cdH.
Etrange. Ces deux partis étaient très largement mouillés dans le scandale « Publifin » et à notre connaissance, ils ne semblent guère enclins à révolutionner la question du cumul des mandats.

D’autre part, une des figures centrales du nouveau partenaire MR est impliqué dans le plus important scandale politico-financier belge de ces trente dernières années, le « Kazakhgate ». A notre connaissance, Armand De Decker n’a pas été exclu du MR…

Mieux encore, selon le site « Cumuleo », six des sept ministres du nouveau gouvernement wallon, dont le ministre-président, contreviennent à la loi en ne déclarant pas tous leurs mandats, fonctions dirigeantes ou professions qu’ils ont exercés durant l’année précédente.

Bref, ce gouvernement semble bien être à la bonne gouvernance ce que le renard est au poulailler et la conclusion la plus évidente que nous pouvons tirer de cette initiative est que le cdH pense réaliser un bon coup politique, une stratégie aux antipodes de l’intérêt général.
Les Wallons risquent de trinquer
Au-delà des considérations politiques, nous ne pouvons que réprouver cette stratégie pour le moins aventureuse du cdH.

Bien entendu, nous dénonçons avec force les dévoiements des partis politiques ; ceux du PS comme ceux des autres partis. La façon dont le bourgmestre de Bruxelles améliorait son (extra)ordinaire sur le dos des sans-abri est particulièrement écœurante. Des règles strictes de bonne gouvernance et le contrôle indépendant de celles-ci doivent être adoptés.

Le problème est qu’en agissant de la sorte, le cdH met en péril des dossiers extrêmement importants pour les Wallons, notamment toutes les matières liées à la 6ème réforme de l’état. Beaucoup de ces dossiers étaient proches de l’aboutissement ; il ne reste plus qu’à espérer qu’ils puissent aboutir sans qu’ils ne soient trop altérés par la marque libérale. Sans être exhaustifs, de quels dossiers parle-t-on ? La pérennisation de plus de 50.000 emplois « APE », le financement d’accords Non Marchand prévoyant notamment la création d’emplois via la RTT, l’amélioration du statut des accueillantes d’enfants, la mise en œuvre d’une assurance-autonomie pour les personnes dépendantes, la résistance au CETA, la régionalisation des allocations familiales (et notamment le maintien des - déjà trop faibles - compléments sociaux), la mise en œuvre de l’AVIQ (la sécurité sociale wallonne avec notamment comme enjeu la participation des interlocuteurs sociaux) et d’autres dossiers encore.

A ce stade, à la lecture de l’accord de gouvernement MR-cdH, il semble heureusement que les dossiers les plus aboutis ne seront pas tous attaqués frontalement. Mais bon nombre de ces dossiers avaient déjà fait l’objet d’équilibres politiques, sans encore être formalisés dans des textes. Certains de ceux-ci pourraient maintenant passer à la trappe au profit d’une vision plus libérale, moins collective.
A droite toute en Wallonie ?
C’est une évidence, même s’il faudra encore en mesurer l’intensité. En tout cas, Alda Gréoli, ministre cdH des affaires sociales et vice-présidente du gouvernement MR-cdH, a déjà fait fort dans ses déclarations. Nous la citons : « On ne va pas laisser les gens dans la débrouille mais il faut les responsabiliser en mettant fin à l’assistanat. » Alda Gréoli ressuscite le concept d’assistanat que la droite classique avait abandonné depuis un bon moment déjà ; même un élu MR n’utilise plus ce genre de formule terriblement insultante pour les dizaines de milliers de Wallons qui n’ont pas accès à l’emploi. Elle déclare aussi qu’« un chômeur doit se donner la possibilité d’être inséré dans une vie sociale au travers d’une activité bénévole ou de service dans une commune. » Traduisez : « pour mériter son indemnité, il est bien normal qu’un chômeur travaille gratuitement pour la collectivité ».
Et maintenant
Côté wallon, nous restons très attentifs à l’évolution des choses. Début juillet déjà, les accueillantes d’enfants ont manifesté devant le cdH pour exiger le respect des promesses faites dans le précédent gouvernement. Les manifestantes ne sont pas reparties complètement rassurées. D’autant que même si ses représentants étaient sincères, le cdH reste le petit poucet de ce gouvernement. Ce n’est donc probablement pas la dernière fois que nous descendons dans la rue…
Tony Demonté