Flexi-jobs, non merci !

Cet été, le gouvernement a annoncé dans son accord l’arrivée des Flexi-Jobs dans d’autres secteurs que l’Horeca ainsi qu’aux pensionnés. A cette occasion, nous avons rencontré Delphine Latawiec, Secrétaire nationale Commerce de la centrale afin qu’elle nous explique l’impact que ces Flexi-Jobs pourraient avoir dans son secteur.

En quoi consiste ces Flexi-Jobs?
Ce sont des contrats, pour le moment, réservés aux travailleurs occupés à 4/5e temps au moins et qui souhaitent bénéficier de revenus complémentaires. Ces contrats ne financent pas l’Etat et très peu la Sécurité Sociale, et le salaire déroge aux conventions des secteurs concernés. L’idée est bien de créer des sous-statuts dans ces secteurs pour des horaires ultra-flexibles (notamment pour le travail de nuit). Le gouvernement a trouvé la formule magique pour permettre aux employeurs d’engager des travailleurs avec des petits contrats avec une flexibilité maximale, pour quelques heures, qu’il pourra prévenir à la dernière minute et le tout pour un salaire de misère. Cette idée s’appelle les Flexi-Jobs !
Quelle est la position du secteur Commerce?
Concernant les Flexi-Jobs, il y a une position en front commun. Nous ne voulons pas l’introduction de ces Flexi-Jobs parce qu’il y a déjà bien assez de contrats précaires dans notre secteur (de moins en moins de CDI, beaucoup de temps partiels, de plus en plus d’étudiants…). Ajouter des Flexi-Jobs, c’est créer encore plus de concurrence. Pour obtenir un CDI, il faudra déjà passer par tous les autres contrats, ce qui sera compliqué. Le travailleur à temps partiel, qu’il soit en CDD ou CDI, essaie d’obtenir des heures supplémentaires mais demain, à quoi cela va-t-il servir puisqu’il y aura un travailleur sous Flexi-Jobs, avec un salaire qui n’est même pas au salaire minimum du secteur ! Ces Flexi-Jobs posent donc problème sur les heures complémentaires, sur les contrats définitifs, sur les heures tardives...
Quelles peuvent être les conséquences de ne pas être soumis aux conventions du secteur ?
En plus du salaire minimum qui ne sera pas respecté, cela peut impacter aussi les tardives. Dans l’alimentaire, par exemple, quand un employé travaille les heures tardives, il obtient un sursalaire. Les Flexi-Jobs n’auraient peut-être même pas le sursalaire lors des tardives. Il y avait déjà une concurrence accrue avec la présence des étudiants (qui ont un sursalaire mais un salaire moindre). Mais avec l’apparition des Flexi-Jobs, la concurrence s’intensifie et elle va appauvrir tout le monde dans le secteur.
Quel pourrait être l’impact de l’apparition de ces Flexi-Jobs ?
Notre crainte se situe surtout dans les petits commerces, là où nous ne sommes pas présents, où ce n’est pas régulé et sur des horaires du dimanche et de nuit. Si demain, on se retrouve avec des conventions de nuit (il n’y aura peut-être pas assez de volontaires ou nous serons peut-être réfractaires), ils vont utiliser les Flexi-Jobs. Il y a déjà une demande pour faire travailler les jeunes la nuit... Donc les employeurs sont demandeurs et utiliseront certainement ces Flexi-Jobs pour le travail de nuit. Le dimanche, ils auront une armée de réserves à leur disposition. C’est donc de l’emploi qui ne se crée pas pour d’autres. Dans le secteur, c’est un vrai problème parce que ces Flexi-Jobs créent une concurrence interne et appauvrissent tout le monde ; et globalement, cela ne va pas créer de l’emploi correct. Et puis, ces Flexi-Jobs, c’est surtout lié au travail de nuit et à l’e-commerce. Le gouvernement prépare certainement un plan pour l’étendre de manière plus large. Nous trouvons cette mesure vraiment discriminatoire : demain, deux employés du même âge avec le même boulot, le même nombre d’heures toucheront peut-être des salaires très différents à cause de ces Flexi-Jobs sans qu’aucun élément ne fonde réellement cette différence.
Delphine Latawiec