Résistances

Il y a des générations chanceuses : elles accostent l’âge adulte en des temps de progrès, de paix et d’espérance. Et d’autres qui voient le jour en de sombres années, pleines d’idiotie et de violence. Pour y faire leur chemin, celles-là doivent choisir entre la résignation, la collaboration avec l’occupant, ou la résistance.

Deux milliards d’euros perdus
Vous lirez en pages 6 et 7 qu’une politique économique raisonnable aurait permis, en 2017 et 2018, des hausses salariales d’environ 3% (ou des améliorations équivalentes, comme par exemple 1 ou 2 heures de réduction collective du temps de travail sans perte de salaire). C’est beaucoup, 3% ? Faites le calcul pour votre salaire. Pour l’économie belge, (la Sécu, les services publics, la consommation…et votre porte-monnaie) ça ferait environ 4 milliards.

Cette croissance raisonnable des salaires est souhaitée par la Commission européenne (qui ne nous a pas habitué à des options sociales !), et par tous les économistes honnêtes. Mais elle ne se produira pas : le gouvernement, mené par le bout du nez par la FEB, fera passer sa « loi zéro salaire », imposant aux négociations collectives un maximum de 1,1%.

Vous êtes en droit de vous demander : alors pourquoi les syndicats signent-ils un accord interprofessionnel 2017-18 avec ce plafond de 1,1%. Disons-le tout net : ce n’est pas un bon accord. Ce que nous voulions, c’est 3% de salaire en plus, 3% de vrais emplois créés, et 3% de hausse dans le bien-être (Sécu, Crédit-temps…). Mais le pays est occupé par un gouvernement N-VA, à qui le MR a donné les clés, et sous ce gouvernement, cet accord à 1,1%, avec maintien de l’index et des hausses de minima sociaux, est le moins mauvais possible. Un accord minimal en ces temps de résistance.
Trump
Hier, dix jours après l’arrivée de Donald Trump à la présidence, 3 jours après qu’il ait interdit l’accès aux USA aux ressortissants de 7 pays « musulmans », deux hommes armés sont entrés dans la grande mosquée de Québec et ont tiré sur les femmes, les hommes et les enfants qui s’y trouvaient, faisant au moins
6 morts.

La politique de Trump, et ses provocations répétées contre les musulmans, ne sont peut-être pas la cause immédiate de ce crime. Mais elles alimentent une vague de haine des musulmans dans le monde. Qu’il faille lutter contre le terrorisme, et mettre hors d’état de nuire les terroristes qui se présentent comme « islamistes », c’est évident. Mais bannir les musulmans, comme le voulait le candidat Trump, ou les citoyens de 7 pays comme le fait le décret présidentiel, ne conduit qu’à la haine et la violence.

On a le cœur serré en pensant à toutes celles et ceux qui abordent l’âge adulte en 2017, dans ce monde triplement occupé : par un pouvoir MR-NVA voué à la destruction du pays, par le pouvoir des USA sous l’empire d’un président raciste, sexiste et violent, et partout par le pouvoir illimité de l’argent-roi.

Pour nos enfants et nos petits-enfants, pour nous-même, nous n’avons pas d’autres choix que celui, difficile, de la résistance. Elle peut prendre de multiples formes : dire la vérité sur les salaires, par exemple. Pour moi, hier soir, ma résistance a consisté à sonner chez mes voisins turcs avec un bouquet de tulipes. Pour leur dire sans discours, ce simple appel de Martin Luther King : « Apprenons à vivre ensemble comme des frères, sinon nous mourrons ensemble comme des idiots ».
Felipe Van Keirsbilck,
Secrétaire général.