L’alternance moins payée en Wallonie


L’alternance moins payée en wallonie
La Flandre rémunère mieux la formation en alternance que la Wallonie. La différence est considérable: 4.780€ en trois ans! Les patrons wallons refusent tout effort et bloquent les négociations. Les syndicats s’indignent de cette rigidité préjudiciable aux apprenants.

L’alternance est une voie d’avenir. C’est ce qu’affirment haut et fort les employeurs et les responsables politiques wallons. La formation des jeunes à mi-temps dans un centre de formation ou à l’école et à mi-temps en entreprise semble emporter tous les suffrages. La CSC wallonne est bien d’accord… Mais elle voudrait que les employeurs wallons harmonisent ce qu’ils disent et ce qu’ils font. Aujourd’hui en effet, les apprentis wallons sont nettement défavorisés par rapport à leurs collègues flamands. Or les employeurs wallons ne prétendent pas faire un geste! La CSC et la FGTB wallonnes sont indignées et, exceptionnellement, l’ont fait savoir ensemble dans les médias. Marc Becker, secrétaire national de la CSC en charge des affaires wallonnes, et Thierry Bodson, secrétaire général de l’interrégionale wallonne de la FGTB, regrettent la rigidité des patrons wallons dans ce dossier, et les conséquences négatives pour les jeunes apprenants. 
Deux filières, un contrat
En Wallonie, près de 10.000 jeunes suivent une formation en alternance. 7.811 via les Cefa (centres d’éducation et de formation en alternance dépendant de l’enseignement technique et professionnel) et 5.290 dans les centres de l’IfaPME (Institut de formation en alternance des petites et moyennes entreprises). Les secteurs où l’on recense le plus grand nombre de contrats d’alternance sont  le commerce (2.238 apprenants), la construction dans son ensemble (1.819 apprenants) et l’hôtellerie et la restauration (572 apprenants). Les apprenants passent trois jours par semaine en entreprise où ils participent au processus de production; ils sont donc rémunérés et protégés par un contrat de travail spécifique. Ce « contrat d’alternance » est commun aux deux filières. Il est entré en vigueur le 1er septembre 2015 et a remplacé les contrats d’apprentissage IfaPME et les conventions d’insertion socioprofessionnelle. C’est la situation géographique de l’opérateur de formation qui détermine la rétribution du jeune. Or la rémunération prévue pour les apprenants wallons est particulièrement faible et nettement inférieure à la rémunération de leurs homologues flamands.
De très faibles rémunérations
Ainsi, durant la première année de formation (niveau A), l’apprenant wallon reçoit un salaire mensuel brut de 260,43€ soit 184€ de moins que son homologue flamand (444€). Pire! La rémunération d’un jeune Wallon en seconde année (niveau B) est inférieure de 76€ mensuels bruts à celle d’un apprenant flamand de niveau A et inférieure de 122€ mensuels bruts à celle d’un apprenant flamand de niveau équivalent (B). Enfin, la rétribution d’un jeune Flamand au niveau B (490 euros mensuels bruts) est équivalente à celle d’un jeune Wallon au niveau C (490,22€ mensuels bruts)!
Des paroles et des actes
« Si un enfant vaut un enfant en matière d’allocations familiales, la règle vaut aussi en matière de rémunération des apprenants » soulignent les deux responsables syndicaux qui disent ne pas comprendre la rigidité des employeurs wallons sur un dossier dont ils avaient eux-mêmes souligné l’importance. 
En effet, en juin dernier, lors de la présentation du Pacte wallon pour l’Emploi, les interlocuteurs sociaux étaient unanimes pour doper cette filière de formation. Les représentants des employeurs s’étaient même engagés à doubler le nombre de places disponibles dans les entreprises, soit de passer de 10.000 à 20.000 apprenants. Le gouvernement wallon avait alors mis deux millions d’euros sur la table à charge des interlocuteurs sociaux wallons de s’entendre sur leur répartition. Les syndicats ont alors proposé d’améliorer les rémunérations des apprenants pour les rapprocher au plus près de celles des apprenants flamands: 
 
La première année: 260€ mensuels bruts, soit un montant inchangé;
 
La deuxième année: 395,99€ mensuels bruts (au lieu de 367,66), soit une augmentation de 29,33€ (8%);
 
La troisième année: 568,65€ mensuels bruts (au lieu de 490,22), soit une augmentation de 78,43€ (16%).
Blocage des négociations

Les deux syndicats proposent de phaser cette dernière augmentation en deux temps: 529,44 euros mensuels bruts jusqu’en 2019 puis 568,65€ mensuels bruts après cette date. Cela permettrait à la Région wallonne de revoir le plafond de revenus autorisé aux détenteurs d’allocations familiales (pour le moment de 530,49€). Les syndicats veilleraient ensuite à ce que les jeunes Bruxellois bénéficient des mêmes tarifs.

En Wallonie, ces propositions signifient une hausse budgétaire de 3,58 millions d’euros. Le gouvernement wallon en a déjà mis deux sur la table. Il reste donc 1,58 millions à charge des employeurs. «Le million et demi à charge des employeurs représente 35€/mois pour les jeunes en troisième année et 13€/mois en deuxième année. Ce n’est pas une montagne!» précise Marc Becker. Mais les patrons wallons ne veulent pas en entendre parler et ont opposé un «niet» absolu aux propositions syndicales! Les négociations sont donc interrompues et la ministre wallonne de l’Emploi et de la Formation a demandé aux interlocuteurs sociaux wallons de trouver un accord pour la fin du mois de mars. Il faut maintenant que les patrons wallons harmonisent leurs déclarations d’intention et leurs actes et montrent qu’ils veulent vraiment que l’alternance cesse d’être une filière de relégation. «Les jeunes apprenants wallons, las d’être ‘toudi couillonnés’ attendent avec impatience que les patrons wallons rémunèrent les jeunes apprenants à leur juste valeur» conclut Ludovic Voet, responsable des Jeunes CSC.
Paru dans l’Info CSC