Et votre pension, vous la préférez comment ?

Mes vieux jours seront-ils synonymes de misère, comme pour nos aïeux, ou d’une certaine sécurité, comme pour nos parents depuis 1945 ? Pour chacun-e d’entre nous personnellement, c’est une question importante ; mais aussi pour la société dans son ensemble ! Demain un quart de la population aura dépassé 65 ans avec, pour beaucoup, encore une belle espérance de vie en bonne santé. Excellente nouvelle ! Mais comment vivront toutes ces personnes ? Sur le dos de leurs enfants, ou en s’épuisant dans des mini-jobs pour tenir jusqu’à la fin du mois, ou encore en dépendant de marchés financiers imprévisibles et destructeurs ? Ou au contraire vivront-ils et elles grâce à une partie des salaires mis en commun via les cotisations sociales, dans la sécurité de la Sécu ? Avec le revenu stable et la liberté qui leur permettront de contribuer positivement à l’économie et à la vie en commun ?

Depuis 25 ans, les gouvernements nous rebattent les oreilles avec la théorie des « 3 piliers » : nos pensions s’appuieraient primo sur les systèmes légaux (publics pour les fonctionnaires, Sécu pour les autres) ; secundo sur les pensions complémentaires organisées dans certains secteurs ou entreprises ; tertio sur l’épargne individuelle. Comme s’il y avait à peu près « 3 tiers » pour soutenir nos vieux jours. La vérité est : il y a un pilier, et puis une ou parfois deux béquilles. Les pensions légales constituent l’essentiel. Par exemple, pour les salaires jusqu’à 50.000 € par an (ça fait du monde…) ; la pension légale représente en moyenne 89% du total. Et les pensions complémentaires ? Beaucoup de gens n’en auront pas, et pour ceux qui en ont, elles sont réparties très inégalement : 5% des travailleurs bénéficient de 50% du total des pensions complémentaires… et ce sont précisément celles et ceux qui avaient déjà les meilleures pensions (lire pages 8 & 9).

La réalité est donc : un pilier, commun, stable et fort, et deux maigres béquilles. Or c’est ce pilier que le gouvernement MR-NVA attaque à la tronçonneuse. La dernière attaque (baisser les futures pensions des actuels chômeurs et prépensionnés) a été en partie repoussée grâce à l’action des syndicats (par exemple, la pétition CSC « ChaosSurLesPensions » a recueilli plus de 70.000 signatures). Mais la volonté de « réformer » notre système de pensions ne s’arrête jamais. L’idée en l’air est maintenant un système de pensions calculées non plus en Euros, mais en « points ».
Payez-vous votre loyer, votre facture de chauffage ou votre épicier avec des « points » ? Non. Mais vous pouvez compter sur le ministre Bacquelaine : le jour de votre pension, il transformera vos points (gagnés grâce à vos années de carrière) en un montant en euros. Ah bon ? Mais si c’est quand même pour revenir à des euros à la fin, à quoi sert le détour par ces points ? C’est simple : ça permettra aux futurs gouvernements de « jouer sur la valeur du point » - c’est-à-dire de vous donner un peu moins de vrais euros en échange des « points » que nous aurions durement gagné. Et sur quelle base se fera cet inquiétant calcul ? Le ministre en évoque trois : l’évolution de la dette publique, l’espérance de vie, et l’évolution des salaires. En clair : les petits jeux sur la « valeur du point » (personne ne pourra la connaître avant d’arriver effectivement à sa pension) feront de nos pensions une variable d’ajustement financière pour les futurs gouvernements.

Donc demain, les trous dans le budget (comme le « tax-shit » qui ampute la Sécu d’une bonne part de ses revenus, ou la réduction massive de l’impôt sur le bénéfice des sociétés, des cadeaux non financés qui envoient des milliards aux entreprises sans aucune contrepartie) seront bouchés en rognant nos futures pensions. Nous faisons remarquer au ministre que la majorité des pensions en Belgique sont déjà trop basses, et que nous avons besoin de sécurité et d’égalité, pas de jouer notre avenir aux dés. Sa réponse ? Il suffira de compenser avec les pensions complémentaires et l’épargne privée. Donc on dé-finance le système qui marche bien… et nous devrons payer davantage pour des systèmes par capitalisation qui ont prouvé leur instabilité (aux Pays-Bas, beaucoup de travailleurs ont dû refinancer deux fois ou trois fois leur propre assurance-pension, suite à divers crash financiers…). Cette orientation est mauvaise pour 99% des travailleurs : mais elle sera profitable pour les assureurs privés, qui sont la seule vraie base sociale du ministre « Bas-de-laine ». C’est pour cela qu’il faut se méfier des mirages de la pension « à points ». C’est aussi pour défendre et améliorer ses pensions que nous serons des milliers à manifester à Bruxelles ce mardi 19 décembre. Sous prétexte de nous cuire notre pension « à point », le gouvernement de Ch. Michel est en train de nous la cramer !
Felipe Van Keirsbilck,
Secrétaire général