Face au sketch Michel-Francken...

Parce que le frigo est vide, parce que la planète est malade, depuis des semaines, citoyennes et citoyens ont occupé les rues en Belgique et partout en Europe. En gilet jaune et en gilet vert, ils ont crié deux peurs essentielles et légitimes : la peur de la fin du mois et la peur de la fin du monde.

Qui peut les opposer ? Seuls des privilégiés qui se fichent de l’une comme de l’autre.  Il faut beaucoup de mépris pour imaginer que les Gilets jaunes se moquent de l’environnement ; et il faut être beaucoup trop bien payé pour penser que ceux qui manifestent pour la planète n’ont pas, aussi, du mal à joindre les deux bouts.

Mais cette double colère qui monte, le MR et la N-VA étaient incapables de l’entendre : elle n’entre pas dans leurs intérêts.  C’est aussi pour cette surdité que ces deux partis ont reculé aux élections communales. Ce recul leur a fait peur. Alors, conscients que face aux défis du climat et de la pauvreté, ils ne sont pas du côté de la solution mais font partie du problème, ces deux partis se sont entendus pour faire jouer une autre peur, lourde de haines et de violences futures : la peur des migrants.

En cherchant à mettre en scène une vraie-fausse séparation, le MR et la N-VA ont battu les records du monde du cynisme. Ce qu’ils voulaient, dans la pure tradition « bon flic, mauvais flic », c’était présenter chacun à leur électorat (à toi le Nord, à moi le Sud) un masque avantageux. La Haine-VA pourrait durcir (encore !) son discours anti-migrants ; et le MR, qui a servi de paillasson durant 4 ans et 3 mois, s’offrait une occasion d’avoir l’air de résister – ne fût-ce qu’une fois – tout en continuant à piétiner les travailleurs et la planète. Sketch parfait : chaque parti pouvait maquiller son image et personne ne s’occupait du climat, de nos revenus ni de la pauvreté.

Evidemment, ce petit jeu semble leur avoir un peu échappé.  Même en matière de cynisme et de trahison, Charles Michel a trouvé son maitre : monsieur Jambon ne se gênant pas pour déclarer dans la presse : « si Charles veut encore notre soutien, il sera notre marionnette ».  Ce qui nous a valu les mines déconfites des grands patrons… Quel dommage que cette comédie électoraliste, en dérapant vers une vraie crise, les prive de leur gouvernement jouet… Un jouet qui leur a concédé depuis 4 ans tout ce qu’ils voulaient : des milliards d’euros de cadeaux, la baisse de leurs impôts, le droit d’imposer des flexijobs à leur guise, l’allongement des carrières et l’exonération de toute responsabilité dans les RCC prépensions), etc.
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Pendant ce temps-là, en France, la colère des Gilets Jaunes a pris une dimension historique ; et le Président Macron a fini par sortir de son silence et a dû promettre pour 10 milliards € de concessions.  Je ne me m’étendrai pas sur le contenu de ces mesures (apparemment largement foireuses) mais je voudrais seulement remarquer une chose : la seule chose qui a fait reculer le gouvernement français, c’est la peur. Ça fait beaucoup de peurs dans ce paysage ! Et si on essayait d’y mettre de l’ordre ?

Il y a au départ la peur bien réelle de chacune et chacun : que ses enfants n’aient pas assez à manger, ou plus assez d’air à respirer.  Et puis, il y a les peurs qu’on utilise pour nous diviser et nous épouvanter : c’est la faute des étrangers, des Wallons, des chômeurs, des pauvres… 

Enfin vient une peur salutaire : celle que les travailleurs peuvent inspirer aux patrons (comme nous l’avons fait en de nombreux endroits ce vendredi 14, avec des arrêts de travail et des assemblées – lire page 3) ; celle que les peuples peuvent inspirer à leurs dirigeants.  Parfois en occupant des ronds-points, parfois par la grève … et parfois en décidant de ne plus voter pour des gens qui les ont trahis durant plus de 4 ans.

Car il faut se rendre à cette triste évidence : ces dirigeants ne tiennent compte de nous que quand nous leur faisons peur.

Messieurs Michel et Francken, nous ne nous laisserons pas enfermer par votre pathétique duo comique. Nous préférons, dès aujourd’hui, renvoyer la peur à l’expéditeur.  Tout pour les riches et rien pour nous, c’est bientôt fini !
Felipe Van Keirsbilck
secrétaire général