CP 200 : La formation en rade

Lors des dernières négociations sectorielles, aucun accord n’avait pu être trouvé avec les employeurs pour élaborer une nouvelle convention formation. L’accord existant qui prévoit deux jours de formation par an a donc été reconduit jusqu’au 31 décembre pour donner plus de temps à la concertation sociale.

Après des négociations planifiées in extremis au cours du dernier trimestre de 2018, nous sommes dans l’impasse : le projet de médiation ne peut pas être accepté malgré les efforts de conciliation de la présidente de la Commission paritaire.
Quelles sont les demandes syndicales et l’état des lieux des propositions sur la table ?

Une définition claire de ce que nous considérons comme de la formation dans le cadre de la CCT sectorielle.
La définition de la formation n’est pas précisée et ne garantit donc pas une formation qualifiante pour les employés. Pourtant, ce secteur est principalement un secteur de services. Les entreprises sont en permanence confrontées à l’évolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication et l’évolution de la robotique comme la plupart des secteurs. De nouvelles compétences et aptitudes seront exigées demain, les entreprises et leurs employés devront avoir les moyens d’y faire face. Par ailleurs, des fonctions vont disparaître car elles seront obsolètes et il est important que les employés qui les occupent puissent être réorientés, ce sont souvent des employés avec un bagage de qualification moindre.

Des dispositions quant à la manière d’appréhender de nouvelles méthodes de formation comme l’e-learning.
Celles-ci ne sont pas cadrées et relèvent toujours de la sphère informelle, quelles garanties d’apprentissage réel et de certification ?

Une amélioration de la procédure, du contenu et de la forme des plans de formation, un droit d’initiative commun en matière de formation.
La procédure reste compliquée mais, petite amélioration, le droit d’initiative du travailleur est renforcé au cas où son employeur ne lui propose pas de formation dans le délai imparti.

Un droit individuel à des jours de formation en cas d’absence d’accord collectif pour mutualiser les jours au sein de l’entreprise.
L’ancienne convention du secteur garantissait des droits individuels en matière de formation en cas de non-accord sur la mutualisation des jours au sein de l’entreprise. Ceux-ci sont réduits dans la nouvelle proposition ! Or il est prouvé que quand la possibilité est laissée aux employeurs de mutualiser les jours de formation, ce sont toujours les employés les mieux formés qui bénéficient d’encore plus de formations. Actuellement, sur les 450.000 employés que compte ce secteur, moins de 50% bénéficient de formation, et les laissés pour compte sont principalement les employés des PME qui constituent 90% des entreprises du secteur et qui rassemblent 50% des employés du secteur.

Une perspective d’augmentation progressive des jours pour atteindre les 5 jours par an prévu par la loi Peeters.
La progression est limitée : 2,5 jours par an pour 2019 et 2020, 3 jours par an pour 2021 et 2022 et pour les petites entreprises, la proposition est en deçà ! Les employés des entreprises de moins de 10 travailleurs n’auront toujours que 4 jours par an ; entre 10 et 20 travailleurs, ils auront seulement 2,5 jours par an à partir de 2023. La loi Peeters laisse effectivement la possibilité de réduire les droits pour les travailleurs des PME mais difficile de comprendre que ceux-ci ont moins besoin de formation que ceux des grandes entreprises !

Une procédure améliorée d’enregistrement et de prise des jours de formation.
Nous n’avons rien obtenu à ce sujet. Pourquoi est-ce donc si compliqué de renseigner les jours de formation suivis par l’employé sur sa fiche salariale ?
Claude Lambrechts
L’enquête réalisée auprès de nos affiliés nous conforte dans notre position.
  • 60% estiment que leur travail a changé en raison de la numérisation.
  • Pour 63% d’entre eux, le sentiment est que la formation permet de maintenir leur emploi.
  • 56% ont suivi une formation au cours des deux dernières années, 55% considèrent que celle-ci était en lien avec leur emploi actuel et 47% considèrent que la formation a renforcé leurs compétences sur le marché de l’emploi.
  • Point positif, 67% affirment que la formation reçue était de qualité mais point négatif, 74% n’ont pas suffisamment d’occasions de suivre des formations.
  • 87% estiment qu’un droit individuel à la formation est la meilleure garantie que la formation puisse être suivie.