Dans le secteur pharma, on réorganise à tour de bras !

Dans le secteur pharmaceutique, c’est bien connu : tous les deux ans environ, les directions internationales des grands groupes du secteur ont une idée lumineuse et lancent une réorganisation mondiale. De préférence, en décembre ou en juin. Et l’hiver 2018 a été le théâtre de ce monopoly géant !

Novartis Pharma, Boeringher Ingelheim, Eurogenerics, Sanofi Pasteur, Takeda… Des noms qui ne vous disent peut-être rien, mais qui sont pourtant bien indiqués en petit sur vos boîtes de médicaments. Ces entreprises multinationales sont dirigées de très loin par des directions lointaines, qui font des plans dans de grandes réunions pour révolutionner leur approche du secteur. Le concept, la vente de médicament auprès de médecins, pharmaciens et hôpitaux, fait l’objet de spéculation constante pour maximiser les profits des actionnaires.
Digitalisation
Pour augmenter les dividendes, rien de tel tout d’abord que de remplacer des employés et cadres par des process digitalisés. Envoi de mail, call center, enquêtes de satisfaction en ligne, rien de très original ni de très efficace ! Mais ces recettes sans arrêt réinventées, renommées, sont bien sûr promues par des groupes “ d’analyse du secteur ” qui commercialisent ce type de logiciel.
Délocalisation
Toujours dans les classiques, délocaliser un service ressources humaines ou comptable semble souvent une bonne idée aux têtes pensantes du secteur pharmaceutique.
Résultat : les quelques travailleurs restés dans ces services en Belgique passent leur temps à contacter leurs homologues en Europe de l’Est ou en Asie pour leur expliquer la législation belge ou rappeler des demandes tombées dans l’oubli.
Changement de secteur
Parfois, nul besoin de s’encombrer de discours marketing : il faut faire mieux avec moins de travailleurs ? Pas de problème, jouons à la chaise musicale ! Tu étais délégué pour les médecins généralistes dans le Hainaut ? Eh bien maintenant, tu feras aussi les pharmaciens, et aussi dans le Brabant Wallon ! Rien de tel que de changer les secteurs pour redonner du challenge... et des kilomètres ! Ces “ redimensionnements de secteur ” ne sont évidemment pas sans incidence sur la santé des travailleurs et sur leur vie privée, mais cela, les directions n’en ont cure, tant que les chiffres rentrent !
Et le syndicat, dans tout ça ?
Dans ces entreprises, il y a bien souvent des équipes syndicales. La formule est partout la même : un Conseil d’Entreprise est convoqué un soir pour le lendemain 9h avec la réunion du personnel à 10h. L’obligation d’information du CE est ainsi respectée, sans laisser le temps aux représentants d’encaisser la nouvelle et de construire une stratégie. De plus, la redondance des réorganisations permet de contourner la Loi Renault, privant ainsi les délégations des leviers légaux existants. Mais les équipes s’organisent et tirent des leçons !
Des défis à relever
Peut-être que les plans sociaux juteux du secteur sont derrière nous, mais la créativité est aussi de notre côté ! De plus en plus d’équipes déposent en amont des demandes pour négocier des plans de “ licenciements perlés ”, ou de “ licenciements pour réorganisation ” afin de combler le fossé entre les stratégies patronales et la Loi Renault. Les Conseils d’Entreprise européens sont souvent sollicités pour échanger les réalités entre les différents pays et coincer les directions sur leurs incohérences. De plus, pour ces entreprises tenant plus que tout à leur image prestigieuse – surtout par rapport à leurs directions internationales – les médias restent un levier important. Enfin, la récurrence de ces annonces ouvre petit à petit les yeux des employés et cadres sur la nécessité de s’intéresser au travail syndical avant qu’un couperet ne tombe. Tout n’est pas perdu, loin de là !

Corinne Martin