Les petits riens : une grève qui a eu du poids

En décembre dernier, les travailleurs de l’usine et de la distribution (chauffeurs et convoyeurs) des Petits Riens se sont mis en grève toute la journée. Résultat ? Ils ont obtenu plusieurs acquis salariaux non-négligeables ! Rencontre.

Pourquoi vous êtes-vous mis en grève ?

En 2017, la direction des Petits Riens a annoncé un déficit de 2.000.000€. Par conséquent, impossible pour eux de payer les deux primes variables mais, vu leur annonce tardive et le mécontentement des travailleurs, ils ont fini par payer la même chose qu’en 2016.
En 2018, rebelote. Les travailleurs ont redoublé d’effort pour tenter de redresser le bateau et y sont arrivés puisque le déficit n’était plus que de 500.000€. Malheureusement, cela n’a pas suffi et la direction a informé les travailleurs que même s’ils avaient bien travaillé, ils n’auraient pas droit aux deux primes variables.
N’acceptant pas d’avoir de bas salaires et d’avoir travaillé dur tout au long de l’année (beaucoup de pressions ont été mises par la direction pour être « rentable »), les ouvriers comme les employés ont décidé de stopper leurs activités afin de montrer leur colère et de faire plier la direction. Etant une entreprise d’économie sociale, les Petits Riens auraient été très mal vus par les partenaires, les donateurs… ce que la direction n’aurait pas apprécié. Avec la délégation, nous avons donc négocié l’augmentation de la partie fixe.

Était-ce évitable ?
Oui, si la direction avait entendu les remarques de la délégation syndicale concernant le montant de la prime et la reconnaissance du bon travail fourni par le personnel. La délégation a prévenu la direction qu’elle risquait d’avoir un mécontentement de certains travailleurs si le système de prime de fin d’année n’était pas revu. Il aurait été possible de directement envisager un effort supplémentaire.

L’équipe syndicale était-elle directement sur la même longueur d’onde concernant cette grève ?
Nous n’étions pas mis au courant de la grève car nous devions, le jour de la grève, négocier avec la direction sur l’augmentation de la prime fixe. Cependant, elle nous a permis d’avoir un poids considérable dans la négociation et de prouver à la direction que les travailleurs étaient prêts à arrêter le travail pour obtenir ce qui leur semblait légitime.

Qu’avez-vous obtenu ?
Une majoration de la prime de fin d’année à 75% au lieu de 45% du salaire mensuel, ainsi que la majoration de 1€ de chèque repas par jour presté à partir du 1er janvier.
En 2020, une augmentation de la prime fixe à 80% avec comme objectif (qui devra être rediscuté durant le premier trimestre 2019) une augmentation de cette prime à 100%.

Avec quel(s) sentiment(s) en ressort l’équipe syndicale ?
Puisque nous sommes en front commun avec les délégués de la FGTB, nous avons eu l’impression que nous avons réussi à nous rassembler sur un sujet qui touche la majorité des travailleurs des Petits Riens et que nous pouvions, avec l’aide des travailleurs, arriver à obtenir des avantages intéressants.
Nous avons donc pu avancer beaucoup plus vite qu’espéré de prime abord.
Avez-vous eu des retours de certains travailleurs ?
Dans l’ensemble, les travailleurs ont été assez contents de la concertation que nous avons effectuée pour eux. Après avoir organisé une assemblée générale suite à la négociation qui a eu lieu pendant le mouvement de grève, nous avons eu à présenter les propositions négociées entre la délégation, les permanents et la direction à l’ensemble des travailleurs de la société, les questions n’ont pas manqué et finalement nous avons eu l’accord par une large majorité de pouvoir accepter les propositions.

Comment envisagez-vous l’avenir ?
Sous de bons auspices puisque les chiffres de 2019 sont, en prévision, de retour à l’équilibre. Ce qui est une bonne nouvelle pour la stabilité de l’emploi dans l’entreprise et aussi parce que nous avons eu l’engagement pour les années à venir d’arriver à une prime de fin d’année de 100%.

Ces résultats sont le fruit, d’une part de l’excellent travail des travailleurs de l’entreprise pour redresser le bilan et d’autre part de la solidarité entre les différents services de la société pour obtenir des avancées salariales notables pour l’ensemble du personnel.

Nous continuerons le combat pour permettre à tous les travailleurs d’évoluer dans un meilleur contexte salarial et de meilleures conditions de travail.

Propos recuillis par Alice Mazy