Quelle reconversion pour les employés des banques ?

Fin décembre 2018, la Fédération Belge des Entreprises de la Finance (Febelfin) a conclu avec trois syndicats (le SETCa-BBTK, la LBC et la CNE) un protocole intitulé « Mobilité des Talents ». Ce protocole tente d’organiser le passage des travailleurs excédentaires des banques vers d’autres secteurs.

LA CONTRACTION DE L’EMPLOI DANS LE SECTEUR BANCAIRE
En Belgique, les banques ont supprimé 20.000 emplois depuis la crise de 2008. Les experts avancent plus ou moins la même perspective pour les 10 prochaines années. Ces coupes sombres dans l’emploi se font sous le prétexte de la digitalisation, mais visent évidemment aussi la maximisation des profits.  
Jusqu’ici, les banques ont géré cette question chacune dans son coin, trouvant des solutions discutables. Chez ING par exemple, si l’accord social qui a suivi la restructuration est honorable pour les employés de 55 ans et plus qui ont dû quitter la banque, il n’évite pas le gaspillage des ressources, ni l’augmentation du stress pour le personnel restant et pose des questions éthiques envers ceux qui travaillent dans des secteurs ou des entreprises moins riches. Ces initiatives dispersées, affublées de noms euphémiques (job accelerator, mobility center, etc.), ne sont souvent que l’antichambre du licenciement.
QUELS SERONT LES SECTEURS EN DEMANDE DE PERSONNEL ?
Les experts en prospective s’accordent à souligner l’importance d’au moins deux facteurs qui détermineront l’avenir : l’évolution démographique et le changement accéléré des métiers sous l’effet des nouvelles technologies. Ils considèrent qu’à terme, le marché du travail devrait dès lors être plus demandeur dans les services aux personnes ou dans la logistique. Evidemment, ces prospectives sont contestables, car elles tiennent peu compte des ressources futures des différents secteurs : quel sera à terme l’état du financement de l’emploi dans les services aux personnes dans un contexte de privatisation accélérée ? C’est néanmoins en fonction de cette prospective que Febelfin négocie l’application du protocole en priorité avec ces secteurs.
QUE PROPOSE LE PROTOCOLE ?
Sur base volontaire, un employé de banque pourra s’inscrire dans une des « trajectoires » de reconversion proposées. Ces trajectoires prendront en compte deux facteurs. Le premier sera la compétence : l’employé recevra une aide à la réorientation, sera informé des possibilités du marché de l’emploi, puis suivra une formation vers la fonction envisagée. Le second est l’accompagnement contractuel : certaines formations étant de longue durée, la prise en charge du salaire est selon les cas partagée entre l’employeur et le fonds social. Certaines fonctions spécifiques pourront aussi être exercées « à l’essai ». Le processus devrait débuter en septembre 2019.
POINTS D’ATTENTION
S’agissant d’un protocole et non d’une convention collective de travail, nous devons considérer l’initiative dans une perspective dynamique. Il reste des zones d’ombre qui devront faire l’objet d’une évaluation. La sécurité juridique des travailleurs transférés devra être établie : un « sac-à-dos » reprenant les droits liés à l’ancienneté devrait pouvoir être constitué. Le financement des parcours par les fonds sociaux doit aussi être contrôlé : les fonds destinés à la formation des personnels ne peuvent pas recycler ni déguiser les indemnités de licenciement. L’effectivité des « gisements d’emplois » dans les secteurs devra aussi être vérifiée. La prétendue « pénurie » n’est en effet souvent qu’un argument idéologique.
Si l’évaluation du protocole est positive, peut-être pourrons-nous évoluer vers la création d’un véritable droit du travailleur à s’engager dans une trajectoire sécurisée de reconversion professionnelle.
 
Philippe Samek