Maintenant, on arrête.

D’abord c’est Greta, 15 ans, seule devant le Parlement de Suède, qui fait grève pour le climat chaque vendredi. On a dû lui dire mille fois bien sûr, que ça ne servira à rien. Un docte directeur d’école, ou une sirupeuse ministre de l’énergie, a dû lui susurrer : c’est bien gentil, petite, mais tu ferais mieux de rester à l’école. Pour les choses sérieuses, fais confiance aux adultes…

Pourtant son exemple a été suivi dans plusieurs pays. Chez nous, ça a pris des proportions inattendues : 3.000 élèves un jeudi, 12.000 le suivant, puis 35.000 ! Parmi les discours visant à les discréditer, saluons celui de M-Ch. Marghem (ministre MR de l’Énergie) : après avoir fait semblant de croire que ces élèves manifestaient pour soutenir sa politique (lol !), elle a déclaré que les élèves feraient mieux de rester à l’école pour y étudier tout ce que le gouvernement MR a déjà fait pour le climat (re-lol !!). Visiblement, ce gouvernement préfère que les élèves manifestent le dimanche. Mais… quand on manifeste le dimanche, ça donne quoi ?  Eh bien… rien ! La même M-Ch. Marghem s’est fait une spécialité de répondre aux grandes manifestations par le mépris : 48h après l’immense manif du 2 décembre, elle s’envolait en jet privé pour aller en Pologne… ne rien dire.

La CNE a donc un message très simple aux élèves et aux jeunes qui se mobilisent chaque jeudi : plus les « responsables* » vous expliqueront que, pour votre bien, il faut arrêter vos grèves, plus vous pourrez être sûr-e-s d’être sur le bon chemin. Les choses ne changent que si on les dérange.

GREVE GENERALE CE MERCREDI 13 FEVRIER
Tout autre registre, même logique. Les patrons et le gouvernement Michel ont baissé nos salaires depuis 4 ans (lire infographie p.7 : la Belgique est d’ailleurs le SEUL pays de la zone euro où les salaires ont baissé). En même temps, ce gouvernement a reporté (parfois de 7 ou 8 ans !) l’âge où nous pourrons prendre une (pré)pension, et a revu à la baisse le montant de nos pensions. Le 14 décembre dernier, nous avons été des milliers à arrêter le travail pour dire « stop » : les bénéfices explosent. Le 8 janvier, les grands patrons avaient déjà gagné autant que le travailleur moyen gagnera sur tout 2019 ! Alors maintenant, on veut une vraie augmentation des salaires et le droit de s’arrêter de travailler avant d’être mort ou invalide.

Leur réponse ? « Allez vous faire voir ! » Bon, ils ne disent pas ces mots-là, parce que ce sont des gens responsables*, mais le sens est bien celui-là. Le triste sire Bacquelaine veut imposer à tout le monde de travailler jusqu’à 67 ans (et si tu t’arrêtes un peu plus tôt, tu auras une pension rabotée). Et la FEB veut imposer aux hausses de salaire un maximum de 0,8% sur 2 ans, en se basant sur une loi truquée, la « Loi Zéro Salaire » décidée par le gouvernement Michel… sur base d’un texte écrit par la FEB !

Face à un tel mépris pour tous les travailleurs et travailleuses qui souffrent à la fin de leur carrière, ou à la fin de chaque mois, il n’y a qu’une seule réponse : on s’arrête de travailler. Le mercredi 13 février sera une journée de grève générale (p.3). Nous voulons augmenter tous les salaires (en brut, pas avec des trucages sur le « pouvoir d’achat ») et relever nettement le salaire minimum et les pensions.

Ministres et patrons qui nous méprisent quand nous manifestons, nous demandent maintenant de renoncer à la grève. Ils voudraient « laisser un peu d’espoir à la négociation » (négociation où ils se sont foutus de nous de A à Z). Je leur répondrai en empruntant une phrase à Greta, la jeune fille seule avec sa pancarte. S’exprimant à Davos devant les principaux responsables* de l’économie mondiale, elle leur a dit : « Vous prétendez que les adultes doivent donner de l’espoir aux jeunes. Mais nous ne voulons pas de votre espoir : nous voulons que vous commenciez à avoir la trouille ». Merci Greta ! Pour la justice sociale, c’est comme pour le climat : face aux puissants les choses ne changent que si on les dérange (vraiment). C’est pour ça que nous serons en grève ce 13 février, et encore le
8 mars dans le cadre de la Grève des Femmes.

Nous ne sommes ni des moutons, ni des pigeons. La richesse, c’est notre travail qui la produit ! Alors maintenant, on va s’arrêter, pour vous forcer à nous respecter.

Felipe Van Keirsbilck
Secrétaire général


(*) faut-il dire : « coupables » ?