Réchauffement, année zéro

Chaleur accablante, sécheresse pire qu’en 1976 en Belgique ; incendies gigantesques en Suède et en Californie ; plus de 90 personnes tuées par le feu dans la région d’Athènes… L’année 2018 met l’Europe en alerte climatique et sonne l’heure de la mobilisation générale.

À l’heure où ces lignes sont écrites, la vague de chaleur que connaît l’Europe depuis mai 2018 semble enfin s’éloigner. Rendons-nous en Scandinavie pour en prendre la mesure. Là-bas, de mai à juillet 2018, les moyennes de température sont de 5°C au-dessus des normales saisonnières ; un pic de 32,5°C est même enregistré en juillet dans l’extrême nord de la Suède, au niveau du cercle polaire. Du jamais vu en 100 ans de relevés météorologiques.
L’empreinte de l’humanité
Il ne fait pratiquement aucun doute aux yeux des climatologues que la vague de chaleur de ces derniers mois porte le sceau du réchauffement climatique. C’est la conclusion d’une étude préliminaire publiée en juillet1. Jusqu’à cet été, l’Europe du Nord bénéficiait d’un sursis vis-à-vis du réchauffement. Elle en subissait peu les conséquences alors que le sud de l’Europe et une grande partie de la planète en connaissent depuis des années les effets concrets. Ce sursis semble terminé. L’étude citée concerne l’Europe du Nord, des Pays-Bas à la Scandinavie en passant par l’Irlande. Elle montre que les vagues de chaleur vont s’accélérer au nord, devenant 3 fois plus fréquentes aux Pays-Bas et 5 fois plus fréquentes au Danemark. Les vacanciers et les entreprises de cuistax de la côte belge se réjouiront peut-être ; pas les personnes âgées, les producteurs de fruits et de légumes, les travailleurs effectuant des tâches sous un soleil de plomb, les gestionnaires de châteaux d’eau… 
Un enjeu électoral
Or, faut-il le rappeler, et quoi qu’en dise Donald Trump, c’est l’humanité qui cause le réchauffement climatique. C’est donc l’humanité qui peut aussi le freiner. Et elle doit absolument le faire avant d’atteindre ce que les climatologues appellent un « point de basculement ». Un point au-delà duquel, même avec une réduction des émissions humaines de carbone, le réchauffement s’accélérera pour atteindre des températures dangereuses pour l’humanité et les espèces vivantes 2.

Pour cela, il faut une mobilisation massive, dans les 10 prochaines années, à tous les étages de la société. Nos comportements individuels doivent continuer à évoluer : en isolant mieux notre maison, en privilégiant des énergies renouvelables, en utilisant au maximum des modes de transport respectueux de l’environnement, en consommant local, en réduisant la distance et la fréquence de nos voyages… Mais le monde politique doit aussi évoluer et investir massivement dans l’avenir. En soutenant la mobilité durable, grâce à des pistes cyclables et une offre de transport de qualité ; en aidant les citoyens à isoler leur logement ; en éliminant les énergies sales comme le charbon ; en protégeant les forêts et les océans, qui, en absorbant le CO2 et en le transformant en oxygène sont notre meilleure protection contre le réchauffement. Tous les échelons de pouvoir sont concernés, de la commune à l’Union européenne, car tous disposent de leviers importants.
Profitons des élections communales de 2018 et régionales, fédérales et européennes de 2019 pour bousculer nos politiciens par rapport à ces enjeux. Faisons-leur sentir le prix que nous attachons à une stratégie climatique qui soit à la hauteur du problème et des dangers que court l’humanité si elle ne fait rien ou pas assez. 
Et l’Europe dans tout ça ?
Elle se targue d’être le bon élève de la classe mondiale. Ce n’est pas difficile lorsqu’en face Donald Trump démolit l’accord sur le climat et nomme un climato-sceptique à la tête de l’Agence américaine de protection de l’environnement. Au-delà des slogans, le prétendu volontarisme du Vieux Continent ne se confirme cependant pas. Selon une étude citée par Alternatives économiques, entre 2016 et 2017, l’UE a laissé ses émissions de CO2 progresser de 1,9%, alors qu’elle devait en principe les réduire de 3,9%3. En parallèle, sous Obama, les Etats-Unis faisaient progresser ces émissions de… 0% ; un résultat insuffisant mais toutefois meilleur que le résultat européen. Alternatives économiques cite la propulsion des ventes de 4X4, SUV et autres grosses cylindrées comme l’une des causes de ce dérapage européen. Une pierre dans le jardin de l’Europe mais aussi de la Belgique, championne des voitures de société et donc des « grosses bagnoles ». Un problème parmi d’autres que nous devrons collectivement résoudre pour dépolluer nos villes et nous prémunir des désastres climatiques.