Eurogentec : la chimie, un secteur pas bien rémunéré


En Belgique, le secteur de la Chimie regroupe principalement des entreprises de chimie de base (45%), de la pharmacie (28,2%), de la transformation des matières plastiques et du caoutchouc (12%). Les 15% restants étant partagés entre les autres produits chimiques (fibres synthétiques, colles, huiles essentielles…) les savons, détergents et cosmétiques, les peintures, vernis et encre.
En Wallonie, le secteur représente 22% de l’emploi industriel (26.400 travailleurs auxquels viennent s’ajouter 42.000 emplois indirects). Avec 15,2 milliards d’euros, il représente 36% des exportations wallonnes. C’est surtout le secteur Pharmacie qui se taille la part du lion avec 54%. Ce secteur plus joliment appelé Sciences de la Vie est en pleine expansion. Rien que Liège compte 72 entreprises actives dans ce secteur. Elles vont investir 210 millions d’euros dans les trois prochaines années et créer de très nombreux emplois. Nous nous en réjouissons. Malgré le niveau de qualification requis, la rémunération de nombreux travailleurs est faible en comparaison avec la croissance du secteur et la valeur ajoutée de la production, à l’exception de quelques grandes entreprises.

Eurogentec en est un exemple flagrant où les travailleurs après avoir tout essayé sont passés à l’action. Il s’agit une usine de biotechnologie située à Liège. Elle a été créée en 1985 au sein de l’ULg et, depuis, n’a cessé de croître. Le groupe japonais Kaneka est devenu son actionnaire majoritaire en 2010.

Dans cette entreprise, il existe bien des grilles salariales « maison », certes supérieures aux barèmes minimums mais non négociables, totalement obsolètes et incohérentes. L’entreprise provoque ainsi une opacité qui favorise l’incompréhension et la déstructuration des négociations collectives au profit de salaires « à la tête du client » dont tous les travailleurs savent, qu’à terme, ils sont défavorables. Le concept de la carotte et du bâton est totalement dépassé et avilissant mais les employeurs y voient encore un moyen de diviser les travailleurs et de se soustraire à la négociation collective avec les organisations syndicales.
Lorsqu’on ajoute que, chez Eurogentec, la charge psycho-sociale y est extrême, comme dans beaucoup d’autres entreprises du secteur, et que les lois sociales n’y sont pas toujours respectées, on comprend mieux la colère des travailleurs. Après avoir suivi toutes les procédures légales, ceux-ci, accompagnés de leurs délégations syndicales en front commun, ont donc arrêté le travail les 24 et 25 mai, fait rare dans le secteur. A la suite de ce mouvement, quelques avancées ont été obtenues concernant la surcharge de travail mais pour les rémunérations, c’est une fin de non-recevoir de la direction du site. De la bouche même de celle-ci, il s’agit là de sa prérogative. Elle serait la seule à pouvoir définir, de manière juste, le salaire de chacun de ses collaborateurs. Les travailleurs traduisent légitimement cette attitude comme un refus du dialogue social et un non-respect de leurs efforts innombrables qui contribuent indéniablement à la croissance de l’entreprise. En effet, quand on sait qu’Eurogentec a investi 40 millions d’euros dans la création de nouvelles infrastructures et qu’elle peine à recruter les 40 nouveaux emplois annoncés, on comprend mieux que la rentrée risque donc d’être compliquée dans l’entreprise.

Plus largement, il est incompréhensible que des secteurs d’avenir et en pleine expansion, définis comme tels par les employeurs eux-mêmes, voient leur personnel s’en aller faute de percevoir un salaire décent ou encore parce qu’ils souffrent d’épuisement professionnel. Lorsque l’on ajoute à cela le nouveau projet de loi du gouvernement Michel, notamment sur la disparition des barèmes à l’ancienneté, les travailleurs ont du souci à se faire !
Chez Eurogentec, en tous cas, ils restent plus que jamais mobilisés et solidaires.
Françoise Sensi