Travailler 12h par jour, 60h par semaine ?

En Autriche, la nouvelle loi sur le temps de travail autorise les employeurs à faire travailler leurs employés 12h par jour et 60h par semaine, la durée maximale autorisée est ainsi augmentée de 2h par jour et de 10h par semaine. 

Cette législation a été adoptée par le gouvernement actuel, sans consultation ou concertation avec les syndicats. Elle est très favorable aux employeurs pour qui il suffit d’invoquer « un besoin accru de travail ». Cette possibilité de flexibilité leur permet de faire varier le temps de travail en évitant de payer un sursalaire pour heures supplémentaires. Triste recul social ! Il y a 100 ans, la journée de 8h était votée ! 

Les organisations syndicales autrichiennes réagissent et peuvent aussi compter sur la solidarité internationale. 49 syndicats issus de 22 pays européens étaient à Vienne en septembre pour une conférence sur le temps de travail organisée par UNI1. La réunion a été mise à profit pour signer une lettre d’interpellation adressée au chancelier autrichien et pour réfléchir à la meilleure manière de mener une politique syndicale coordonnée sur ce thème. Nous sommes tous confrontés aux mesures de flexibilité non négociées et aux heures supplémentaires « inévitables », acceptées pour satisfaire aux objectifs fixés par les employeurs et favorisées par nos gouvernements pour qui la compétitivité est devenue le nouveau crédo.

L’étude réalisée par UNI met en évidence qu’il y a de plus en plus de travailleurs insatisfaits de leur temps de travail. Beaucoup de femmes, à temps partiel, voudraient travailler plus et beaucoup d’hommes effectuent une part importante d’heures supplémentaires et voudraient travailler moins. Les attentes des employeurs et celles des travailleurs divergent. La journée de 8h ne peut cependant plus être la seule solution. D’une part, il faut une répartition équitable du temps de travail entre hommes et femmes, un temps de travail adapté aux différentes phases de la vie professionnelle et du temps pour la formation. D’autre part, les possibilités qu’offre la digitalisation tel que le télétravail qu’il soit à distance, à la maison, à l’étranger... sont décuplées. Mais qui décide du lieu de travail ? Du mode de contrôle ? Des horaires ? Qui cède la place à des objectifs à atteindre ?  Qui est responsable de la formation du travailleur, l’employeur ou le travailleur lui-même ? Comment faire la transition entre une « culture de la présence » et une « culture de la liberté » ? Comment allons-nous utiliser ces gains de productivité décuplés ? En augmentant encore l’écart des richesses entre actionnaires et salariés ou en exigeant une réduction du temps de travail adaptée aux différentes étapes de la vie ? 

Ce n’est en tout cas pas le chemin pris par l’Autriche, qui est pourtant déjà dans le peloton de tête en ce qui est du nombre d’heures travaillées en moyenne.

Nous devons certainement discuter de ces questions, échanger les bonnes pratiques au niveau européen et en faire un thème permanent de débat syndical.

Les 12h autrichiennes restent une exception en Europe mais risquent d’être contagieuses, sous prétexte de compétitivité à maintenir. Les pays les plus compétitifs ne sont pourtant pas nécessairement ceux où les heures de travail sont les plus longues mais bien là où la satisfaction au travail est la meilleure. Le temps de travail a toujours été au cœur de la concertation sociale que ce soit au niveau de l’entreprise ou sectorielle mais la diminution linéaire globale et systématique est en stand-by depuis le début de ce siècle en Belgique. Elle a cédé la place à d’autres formes d’accords collectifs dans plusieurs pays européens. Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Finlande… les exemples sont nombreux avec un choix entre une augmentation salariale ou des jours de congés supplémentaires, des transitions souples vers la retraite, un droit à des jours de formation, de l’épargne temps, des régimes 4 jours/semaine, de la réduction collective du temps de travail… Ces exemples ont leurs limites, ils sont locaux. Et amener les travailleurs à choisir entre du temps ou une augmentation salariale risque à terme de les appauvrir ou de n’être possible que pour celles et ceux qui ont déjà des revenus élevés.
Comment impulser une dynamique plus globale ?
Cette conférence n’était que le lancement de la réflexion au sein d’UNI, réflexion qui espérons-le pourra mener à une large campagne au niveau européen sur la réduction collective du temps de travail, tenant compte des réalités et sensibilités de chacune et chacun et avec des garanties de maintien du pouvoir d’achat.
Claude Lambrechts
1 UNI Europa est une fédération syndicale européenne. Elle regroupe des syndicats des services et des compétences de 50 pays. Avec ses 320 organisations syndicales affiliées, UNI Europa représente 7 millions de travailleurs et travailleuses.