Mestdagh : une restructuration de plus ...

Le 7 mai dernier, la direction de Mestdagh annonçait en Conseil d’entreprise extraordinaire, la perte de 450 emplois dans une entreprise qui compte 2.600 travailleurs ! Baignés dans un contexte dit familial, ces derniers ont pris la nouvelle comme une gifle, rejoignant tant d’autres dans l’insécurité d’emploi, la peur de l’avenir, les questionnements sur ce qu’il restera après. La population s’est, à raison, émue de cette mauvaise nouvelle et le monde politique s’est exprimé comme il se doit avec la compassion politiquement utile en cette année d’élections. 

Les travailleurs, depuis, ont fait preuve de solidarité tant dans les mouvements de protestations, qu’au jour le jour car la vie continue en attendant l’issue des négociations. La direction a annoncé qu’il n’y aurait aucune fermeture de magasin ou de transformation en franchise et qu’aucun départ ne serait forcé, mais le problème reste entier. Des réunions ont eu lieu, chacune amenant son lot de mauvaises nouvelles : perte d’emploi, polyvalence, travail du dimanche, mobilité, suppression de certains acquis salariaux. Forts du soutien des travailleurs, nous tentons au maximum de maintenir l’emploi, de réduire le catalogue des horreurs, et d’accompagner les départs.

Mais cette restructuration remet au cœur du débat d’autres dossiers qui ne sont, quant à eux, jamais abordés par le monde politique ou aggravés par des mesures de droite. Si le gouvernement n’a pas sa place dans les négociations entre employeurs et organisations syndicales dans une restructuration, il a tout son rôle à jouer dans des mesures qui empêcheraient ces restructurations, dans la régulation des implantations commerciales… Regardez un instant autour de vous ! Les magasins et les zonings commerciaux se multiplient partout sans aucune régulation. Une bonne chose créatrice d’emploi ? Pas vraiment ! Ce mécanisme débridé d’hyper concurrence appauvrit l’ensemble des travailleurs en créant une pression infernale sur leurs conditions de travail et salariales et amène des chancres dont seuls les rongeurs sont satisfaits. Et le politique dans tout cela ? 

Les restructurations se suivent… même pour des entreprises dont le bénéfice reste faramineux. Comment est-ce possible qu’un employeur puisse licencier massivement alors que les actionnaires reçoivent des bénéfices plantureux ? A quand une règle qui interdit ce genre de pratiques et redistribue un pourcentage non négligeable des profits dans l’emploi ? Tout le monde aurait à y gagner... à l’exception peut-être d’une poignée qui ne fait que jouer à la roulette russe avec l’avenir des travailleurs. 

Les restructurations se suivent… et le gouvernement durcit les règles. Plus de départ RCC (prépension) à partir de 56 ans dans les entreprises en restructuration à partir de janvier 2019 car l’âge minimum sera fixé à 59 ans ! Que deviendront alors les travailleurs licenciés ayant atteint 56 ans ? Ils passeront d’une mesure d’accompagnement jusqu’à la pension à un chômage sans financement patronal et avec toutes les difficultés du monde à trouver un emploi ! 

On parle beaucoup à l’heure actuelle de digitalisation, d’e-commerce. Les enseignes du secteur souffrent du commerce en ligne, ayant pris le train en retard pour beaucoup d’entre elles. D’autres veulent suivre la « modernité » et implantent la digitalisation dans leurs murs : caisses intelligentes, scan où le client travaille gratuitement pour l’entreprise… Mais qui subit ces changements ? Les travailleurs. Pertes d’emplois, pas d’anticipation patronale pour une reconversion des travailleurs, investissement dans l’outil mais pas dans un meilleur service à la clientèle ! Des propositions de loi sur le sujet, des obligations patronales à maintenir l’emploi ? Le néant…

A bon entendeur pour les prochaines élections.
Evelyne Zabus