Le bien-être au travail : plus qu’un slogan !

Cela fait plus de 20 ans que la loi sur le bien-être au travail s’applique, constituant avec d’autres dispositifs le code du bien-être au travail.

Depuis 2014, ce cadre s’est complété par une réglementation en matière de protestation contre les risques psycho-sociaux au travail, visant essentiellement à prévenir le harcèlement moral ou sexuel, et la violence au travail.
Parmi les dizaines de milliers de mandataires syndicaux, ce sont les délégués au comité pour la prévention et la protection au travail (CPPT) qui sont de loin les plus nombreux. Ce sont eux qui sont en charge de contrôler à l’intérieur de l’institution, de l’entreprise, l’application de cette réglementation (en lien avec les services internes et externes de protection au travail).
De même, dans le Non Marchand comme dans de nombreux autres secteurs, une très grosse majorité d’entreprises ne peuvent pas disposer d’un CPPT. Là, c’est la délégation syndicale qui reprend les compétences en la matière. On devrait donc constater une réelle amélioration des conditions de travail, et une forte régression de la violence au travail.
Bien au contraire !
Alors que le cadre réglementaire semble propice, les signes de violence au travail s’intensifient. Comment est-ce possible ? On constate une intensification importante du travail, influençant largement la charge de travail. Et le secteur Non Marchand n’est pas vacciné contre cette dérive. Les politiques budgétaires strictes amènent une pression dans la gestion des ASBL. On y importe aussi des méthodes managériales du secteur marchand, où la production d’unités mesurables est le seul critère de qualité du travail.
Les politiques fédérales et régionales d’exclusion, de responsabilisation, de contrôle social… ont aussi pour effet de mettre le travailleur social ou de santé dans une fonction normative plutôt que de soutien, d’autonomie et d’émancipation. Ces travailleurs qui ont investi une profession dans le secteur culturel, social ou de santé, avec cette vision de leur fonction, se retrouvent confrontés à des doubles contraintes permanentes. Les fonctions du Non Marchand sont la plupart du temps en interrelation avec de nombreux publics : directions (y compris administrateurs parfois), cadres, collègues en équipes multidisciplinaires plus ou moins hiérarchisées, bénéficiaires/publics/patients/stagiaires… mais aussi famille, voisinage… autant d’intérêts pas toujours conciliables. La confrontation à la douleur, la mort, l’agressivité, la pauvreté, l’exclusion, la peur du lendemain… est un fardeau complémentaire qui n’est pas suffisamment pris en compte dans la lourdeur du boulot quotidien.

Comment expliquer cet échec malgré les dizaines de milliers de délégués préoccupés par ce thème ?
D’abord par la pression mise sur ces délégués. Le travail syndical est remis en cause à tous les niveaux. Des campagnes antisyndicales sont orchestrées par les partis politiques de droite (N-VA – Open VLD, mais aussi MR). Le délégué lui-même a de moins en moins de temps pour assurer sa mission syndicale. Il est avant tout travailleur et présenté par sa direction comme une charge pour les collègues de l’équipe.

Ensuite par le désinvestissement de l’Etat dans les inspections et les services externes de prévention, qui répondent souvent trop peu et trop tard aux plaintes reçues.
Sans doute aussi par manque de formations de nos délégués. Trop souvent encore, les risques psycho-sociaux leur apparaissent comme un thème de confort, loin derrière les aspects matériels des conditions de travail. La personne en difficulté apparaît encore largement comme un travailleur faible, inadapté à sa fonction ou son environnement professionnel.
Il faudra que ça change !
Silvie, une déléguée CNE de la Mission Locale d’Etterbeek s’est suicidée il y a quelques semaines. Elle était en burn-out et venait de recevoir un coup de fil de son employeur pour savoir quand elle reprendrait le travail.
Elle a été l’illustration de la souffrance de certains dans le secteur Non Marchand. Il faut qu’elle devienne le moteur d’un changement fondamental de mentalité et de pratiques. Le Non Marchand doit être correctement financé. Le Non Marchand ne doit pas devenir un lieu de contrôle social et de normalisation. Les inspections et les services externes doivent disposer de moyens suffisants pour relever les défis de la violence au travail.
Les syndicats doivent placer cette problématique dans un agenda prioritaire et donner à leurs délégués les formations et les outils nécessaires. Les employeurs doivent élaborer de véritables plans de prévention !
Yves Hellendorff