Et dimanche, vous faites quoi ?

Mardi dernier, des milliers de personnes se sont rassemblées à Liège, La Louvière, Namur, Bruxelles et partout en Flandre. Leur message ? « Ça suffit ! ». Ça suffit de jouer avec nos pensions ou celles de nos parents. D’où vient cette colère ? D’un sentiment de trahison. Avec le passage à 67 ans de l’âge légal de la pension (qui n’était pas annoncé aux électeurs avant les élections de 2014), puis la suppression de quasi toutes les formules de départ anticipé, le gouvernement Michel a augmenté la durée de nos carrières de 2,3 parfois 5 ou jusqu’à 7 années. Et sans augmenter les montants des pensions belges, qui restent parmi les plus basses d’Europe.

A l’approche des élections de 2019, le ministre des pensions (en réalité, ministre des assureurs) est venu avec un projet de prise en compte des « métiers pénibles ». Officiellement, il s’agit de « réparer » l’énorme allongement des carrières. En pratique, D. Bacquelaine et C. Michel mettent sur la table un système ridicule. Moins d’un travailleur sur 50 pourrait en profiter, et pour celui-là, qui a peut-être perdu 5 ou 7 années, la « réparation » consisterait à pouvoir partir 6 mois ou 1 an plus tôt… avec une pension diminuée !!

Quel mépris pour les travailleuses et les travailleurs ! Nous n’avions jamais imaginé que le MR prendrait soin de nos pensions… mais là c’est encore bien pire que nous ne le pensions.

Trahison, injustice, mépris : ce même sentiment nous envahit, quel que soit le sujet, dès qu’on veut faire le bilan de l’action de ce gouvernement (nous commençons ce mois-ci – lire page 4).

Sur les salaires, après un saut d’index qui coûtera à un travailleur moyen près de 20.000€ sur sa carrière, le MR a durci la loi de blocage des salaires et imposé qu’à l’avenir la moitié des augmentations possibles soit « remboursée » aux patrons, autant dire que les inégalités vont continuer à exploser. Toujours sur les salaires, le gouvernement MR veut maintenant interdire les barèmes sur lesquels reposent nos salaires minima dans chaque secteur. Mieux vaut, disent-ils, que votre patron puisse vous payer selon ses envies, ou selon votre « productivité » (apparemment, jusqu’à aujourd’hui, on vous payait pour ne rien foutre ? ...)

Trahison, collusion, inaction : c’est aussi le bilan de ce gouvernement MR en matière de climat et d’énergie. Avec le grotesque feuilleton nucléaire ces dernières semaines, l’incompétence de
M.-Chr. Marghem et son irresponsabilité sautent aux yeux. Mais depuis le début, ce gouvernement désinvestit les énergies renouvelables et donne toutes les clés de notre énergie à la multinationale française Engie : à eux les profits, à nous les déchets nucléaires et l’insécurité cet hiver (et nos factures qui risquent de s’envoler).

Trahison et injustice aussi en matière de fiscalité : les grandes entreprises ont reçu des milliards lors du « Tax Shift » (page 7), puis l’impôt sur les bénéfices a diminué… pendant que nous devons payer plus de TVA et d’accises sur des biens de consommation courante (et qu’un déficit massif est caché sous le tapis, et renvoyé au prochain gouvernement).

On pourrait continuer, par exemple avec nos droits fondamentaux : jamais, depuis la guerre, ils n’ont été autant attaqués : enfermement d’enfants, projet de perquisitions sans mandat, arrestations de journalistes (à Haren) ou du président de la Ligue des Droits de l’Homme, menaces contre les libertés syndicales… En donnant les clés du pays à une N-VA qui ne cache même plus sa sympathie pour l’extrême-droite la plus violente (voir ses liens avec « Schild en Vrienden »), le MR a accepté que les Wallons et les Bruxellois, et leurs libertés, soient méprisés, menacés et comptés pour rien.

Dimanche prochain, vous irez voter pour les élections communales. La CNE n’a pas à vous dire pour qui : vous êtes assez grand-e pour choisir, et ce sont largement les enjeux locaux qui comptent dans une élection communale. Mais si votre cœur balance, qu’un vote pour un candidat MR fait partie de vos possibilités, souvenez-vous en dimanche : le pouvoir communal est bien relié aux enjeux nationaux, et le souriant candidat MR de votre joli patelin soutient bien, au Parlement, un gouvernement qui baisse nos salaires et nos pensions, saccage le système de santé et l’environnement, et laisse les nostalgiques du passé le plus sombre décider de notre avenir… Autant le savoir : voter dans mon village ou dans mon quartier, c’est important. Et ça peut avoir des conséquences bien plus larges. Pour le meilleur, ou pour le pire.
Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général