Voir le GIEC puis agir


Le rapport 2018 du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) est un document essentiel. Peu d’entre nous ont le temps d’en lire les quelques 1.200 pages. En voici les principaux chiffres et messages politiques.

1,5°C
C’est la hausse maximale de température de la Terre que l’humanité peut se permettre par référence à la fin du 19e siècle. Si ce seuil est dépassé, les phénomènes climatiques déjà observés aujourd’hui - sécheresses, ouragans, pluies diluviennes, extinctions d’espèces vivantes, fonte des pôles, élévation du niveau des mers... – se multiplieront et s’aggraveront. En outre, l’humanité perdra le contrôle du processus, un phénomène d’accélération automatique des températures s’enclenchant. Des zones de plus en plus larges de la planète deviendront inhabitables.  

Pour empêcher la température d’augmenter au-delà de ce 1,5°C, il faut s’attaquer au problème du CO2. Le CO2 est produit massivement par la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) liée aux activités humaines (industrie, transport, chauffage…). Il s’accumule dans l’atmosphère parce qu’il est émis en trop grande quantité pour être absorbé par les plantes et les algues, et parce que le CO2 a une très longue durée de vie. Il retient les rayons du soleil, ce qui réchauffe la terre. Comme il n’existe pas de technologie permettant de séquestrer ce CO2 en quantité suffisante, il n’y a qu’une alternative : stabiliser le stock de CO2 présent dans l’atmosphère terrestre, ce qui suppose à un moment donné de cesser d’en émettre. 
2050
Ce moment est très proche. En 2050 au plus tard, nous dit le GIEC. À ce moment, nos émissions nettes seront nulles, ce qui signifie que nous continuerons à émettre du CO2, mais en quantité suffisamment réduite pour ne plus dépasser la capacité de la Terre à le séquestrer. Il faut donc cesser de brûler du pétrole mais aussi protéger les forêts et les océans qui sont nos principaux puits de carbone.
LE MESSAGE POLITIQUE
Ce passage à une société « zéro émission » implique un changement social « sans précédent historique connu », disent les très pondérés scientifiques du GIEC. Nous avons 10 ans pour le mettre en route. Après, il sera trop tard. Nous avons les moyens technologiques nécessaires. Mais quid de la volonté politique ? C’est là la principale incertitude, aux dires mêmes de la co-présidente du GIEC, Valérie Masson-Delmotte. Estimant que le monde politique fait preuve de
« beaucoup d’inertie et de frilosité », elle en appelle à un sursaut citoyen. « Il me semble que, dans l’histoire, jamais les grandes transformations pour le bien de l’humanité ne sont venues spontanément de la part des gouvernements. Elles ont été portées par la société. C’est par un jeu de rapports de forces, y compris politiques, que des transformations ont eu lieu. »1 
CITOYENS CONTRE LOBBIES
Deux jours seulement après la publication du rapport du GIEC, les ministres européens ont confirmé les paroles de la climatologue. Ils devaient décider du niveau de réduction des émissions de CO2 dans le transport routier. Sous la pression de l’Allemagne et de ses puissants constructeurs automobiles, une cible minimaliste de 35% a été choisie, alors qu’un groupe de pays demandait 40%. Le gouvernement Michel s’est tu, s’alignant sur la position allemande. 

Mais la riposte citoyenne se fait aussi entendre. En Europe comme aux Etats-Unis, des citoyens manifestent, saisissent la justice. Greta Thunberg, une Suédoise de 15 ans, sèche l’école tous les vendredis pour venir manifester devant le parlement suédois et exiger que la lutte contre le réchauffement devienne la priorité. Un collectif citoyen dépose plainte devant un tribunal de La Haye pour exiger le renforcement des engagements climatiques du gouvernement néerlandais. Le tribunal lui donne gain de cause et condamne le gouvernement. Une plainte d’une même teneur contre le gouvernement fédéral et les trois gouvernements régionaux est à l’instruction en Belgique. Elle est soutenue par 37.000 personnes. Le sursaut souhaité par la co-présidente du GIEC a déjà commencé.
Etienne Lebeau
1 https://www.humanite.fr/pour-le-climat-tout-va-se-jouer-dans-les-10-ans-661572