Menace sur le travail

A la veille des élections, prenons le temps chaque mois de faire le point sur une des 8 thématiques qui ont été impactées par des mesures gouvernementales. En quoi influencent-elles notre quotidien ? Comment le gouvernement les a-t-il traitées ? Comment la CNE réagit-elle ? Ce mois-ci, zoom sur le travail.
François Hollande disait que son ennemi « c’était la finance ». Le président français a fait plutôt copain-copain avec la finance, il a fait un petit tour et il est parti. Charles Michel a déclaré : « mon ennemi, c’est le chômage ». Dans ce cas, on peut tout de même se demander si ses ennemis ne sont pas plutôt les travailleurs, les chômeurs et la Sécurité sociale. Et peut-être qu’à la fin de son petit tour, vous jugerez qu’il peut partir.

Qu’a fait le gouvernement ? 

Dans notre syndicat, nous ne sommes pas adeptes des fake news et nous n’en avons pas besoin pour expliquer la politique d’emploi du gouvernement fédéral et ses conséquences. Reconnaissons donc d’emblée les deux choses : oui, le nombre de chômeurs a diminué en Belgique depuis quelques années et le nombre d’emplois a progressé. Alors quoi, Charles Michel peut-il avoir une statue à son effigie avec la mention « Jobs, jobs, jobs » en dessous ? Est-ce vraiment grâce à lui ? Très loin de là.

D’abord, la seule manière pour un gouvernement de créer des emplois de manière certaine et directe est la suivante : créer des emplois dans le Secteur public ou faire des politiques d’emploi qui conditionnent une aide à la création effective d’un emploi (comme le Maribel social dans le Non Marchand). Dans le cas de ce gouvernement, il y a eu jusqu’à présent la création de moins de 5.500 ETP dans le Secteur public. C’est bien ? Pas vraiment aux regards des besoins. Pire, il y a en fait la destruction de temps-pleins (près de 14.000) pour créer des temps-partiels (près de 19.200). Dans le Secteur public, on pourrait pourtant s’attendre à ce qu’on crée des jobs de qualité (donc à temps-plein). Ensuite, le Maribel Social est également menacé par le gouvernement depuis le jobs deal de cet été.

Plus largement, ce gouvernement a diminué les cotisations sociales patronales de toutes les entreprises sans condition (Tax shift) et a permis aux entreprises de garder une partie du salaire brut des travailleurs via le saut d’index. Traduction : une part de votre salaire et de votre protection sociale a été donnée en cadeau aux patrons dans l’espoir que cela ramène des emplois. De nouveau ici, et le principe et les conséquences sont contestables !  

Le principe d’abord : ce qui crée de l’emploi, c’est l’activité économique, pas les aides. Si dans un commerce la conjoncture est mauvaise, octroyer une réduction de cotisation patronale ne fera certainement pas embaucher quelqu’un. C’est seulement si le carnet de ventes se remplit, et qu’il y a trop de travail pour l’équipe en place, que le patron embauchera. Actuellement, sous cette législature, la croissance économique est bonne (en moyenne de 1,5%) et donc le carnet de commandes des entreprises se remplit. Dans ce cadre, c’est donc normal que des emplois se créent en Belgique et que le nombre de chômeurs diminuent. Ce n’est pas grâce à Charles Michel et ses mesures. Pire, la croissance de l’emploi est plus basse dans notre pays que dans les pays voisins. Si on regarde le taux d’emploi belge, il a progressé de manière très faible depuis le début de la législature : on est la 4ème pire progression en Europe !
Les conséquences ensuite : les diminutions de cotisations sociales patronales et le saut d’index ont des conséquences individuelles et collectives. Vous avez subi une perte du salaire brut qui se cumule sur toute votre carrière. En plus, le fait que les cotisations sociales patronales baissent, c’est l’ensemble des services couverts par la Sécurité sociale qui sont affectés : votre pension (recul de l’âge légal, assimilation moindre…), le remboursement moindre des soins de santé… Enfin, comme les réductions de cotisations sociales ne sont pas encore financées, l’entièreté de la facture n’est pas encore payée : lors du prochain gouvernement, vous risquez fortement de perdre encore des droits en Sécurité sociale !

Pour finir, le gouvernement a créé plein de nouvelles formes de contrats précaires. Les flexijobs dans l’Horeca étendus à d’autres secteurs et les contrats qui légalisent le travail en noir (500€ par mois non taxés et sans cotisation) en sont les exemples les plus importants. Mais ce ne sont pas des emplois : il est impossible de vivre dignement de ces jobs pendant une période relativement longue et de manière stable et ces jobs ne financent pas la Sécurité sociale ! Alors, « jobs, jobs, jobs » ou « flop, flop, flop » ?

Qu’est-ce que ça change pour moi ? 

Le lieu de travail est finalement l’endroit où chaque travailleur passe la majorité de son temps. Au quotidien, le travail est la principale source de revenus mais pas seulement ; c’est un aussi un lien social qui se crée. Les inégalités se créent sur le fait que les conditions de travail et de rémunération générales se détériorent. 

De ce fait, le travail a une importance dans notre quotidien et y joue un rôle majeur : que ce soit sur notre santé physique ou mentale, nos revenus, notre épanouissement professionnel mais aussi personnel. C’est pourquoi il doit notamment être bien régulé pour permettre à tout un chacun de concilier sa vie privée avec sa vie professionnelle et de s’épanouir en se sentant bien dans son travail.

Et la CNE dans tout ça... 

D’abord, en période de croissance économique, c’est le fruit de l’activité économique qui permet de créer des emplois. Il n’y a nul besoin de réductions de cotisations sociales pour le faire. Un emploi de qualité, c’est un emploi le plus proche possible de la norme du temps-plein avec des conditions de travail correctes et de rémunération qui respectent la Sécurité sociale. Dans ce cadre, les réductions de cotisations sociales inconditionnelles ou les nouvelles formes d’emploi précaires sont une aberration. Certaines formes d’aides aux entreprises ont fait leurs preuves : le Maribel social, ce sont des réductions de cotisations sociales qui servent à la création d’emplois.

Ensuite, des alternatives plus globales nous permettront de travailler moins pour travailler tous et vivre mieux. La réduction collective du temps de travail est, dans ce cadre, centrale. En la mettant en place, on permet aux temps-pleins de travailler moins longtemps, aux temps partiels de gagner plus (et de se rapprocher de la norme du temps-plein) et de créer des emplois via des embauches compensatoires. Cela a fait ses preuves en France notamment. Cela fait un bon siècle que la norme de temps de travail diminue partout en Europe. Cela fait 20 ans que ce mouvement s’est arrêté. Pour que ça aille mieux, il ne tient qu’à nous de le relancer !