Grève au domaine de Taintignies

L’année passée, une grève dans une maison d’hébergement de type APC avait déjà eu lieu à la Résidence de L’Elysée1. Cette année, c’est au Domaine de Taintignies que les travailleurs ont décidé de montrer leur mécontentement. Interview de Sylvie Pottiez, permanente CNE.

Le Domaine de Taintignies, c’est quoi comme institution ?
Cette institution de 80 travailleurs accueille des personnes françaises porteuses de handicap mental. Elle n’a pas d’agrément, mais bénéficie de financements publics français et d’une autorisation de prise en charge. Dans ces maisons d’hébergement de type APC, les employeurs respectent très peu la réglementation sociale. Les bénéfices passent avant la qualité de la prise en charge des résidents ou les conditions de travail du personnel.

Qu’est-ce qui a déclenché le mécontentement du personnel ?
Le licenciement de trois travailleurs. Le premier, ancien militant CNE, responsable d’équipe avait des exigences en lien avec la qualité du travail. La direction décide de le licencier avec préavis sans motif spécifique. Une travailleuse (élue CNE et protégée) a été licenciée car elle s’est vue reprocher une faute grave qu’elle conteste. Elle demande à un délégué CNE de l’assister pour se défendre, comme c’est prévu par la réglementation. Et la direction provoque un incident de manière à pouvoir licencier aussi le délégué pour faute grave. 
Le climat est tendu dans l’entreprise. Les travailleurs subissent une pression constante de l’employeur pour signer des avenants désavantageux à leurs contrats, pour pousser à la force majeure en cas de maladie ou mi-temps médicaux. La violence institutionnelle est constante. La direction tente aussi régulièrement d’empêcher l’exercice du mandat syndical, particulièrement pour les représentants de la CNE. Les trois licenciements sont la goutte qui ont fait déborder le vase.

Qui a décidé la grève ?
Le personnel s’est réuni en assemblée générale pour discuter de ce qu’il fallait faire pour soutenir les collègues licenciés et empêcher la direction de poursuivre sa gestion déshumanisée. Pour obtenir la réintégration des trois collègues dans leur fonction, il fallait être déterminé. Un préavis de grève a été déposé après les licenciements.

La grève a commencé tout de suite ?
Non, il y a d’abord eu une demande de conciliation au SPF emploi. La première conciliation, le 3 octobre, s’est soldée par un échec : l’employeur refusait de réintégrer un des trois travailleurs et rétrogradait les deux autres. Le 4 octobre, la grève a démarré. Un service minimum a été mis sur pied par le bureau de conciliation pour assurer la prise en charge des résidents. Un piquet de grève était organisé le lendemain matin. Pour les travailleurs en grève, il était nécessaire aussi d’informer le personnel, les visiteurs, la presse, et montrer à l’extérieur qu’il y a plusieurs problèmes à l’intérieur. 

L’employeur a-t-il changé d’avis ?
Après 4 jours, il a demandé une autre conciliation. Les discussions ont été laborieuses mais elles ont permis de dégager une piste : une négociation locale et individualisée pour s’accorder sur les modalités les plus satisfaisantes possibles et qui respectent le contrat de travail de chaque travailleur. Ceci sous l’égide de la Présidente du bureau de conciliation. Le piquet de grève a été suspendu afin de garantir un climat serein pendant les 3 jours de négociations individuelles.

Les négociations ont-elles abouti ?
Oui, le 12 octobre, la réintégration des trois personnes a été obtenue dans la fonction qu’ils exerçaient avant leur licenciement. Le délégué licencié pour faute grave dans le cadre de la défense de sa collègue accepte sa réintégration dans sa fonction d’éducateur mais ne marque pas son accord pour être affecté à un autre groupe de vie dont le profil des bénéficiaires nécessite un encadrement différent.

Tout est fini alors ?
Après la fin de ces négociations, l’employeur a désigné à un poste de coordinateur pédagogique une personne sans compétence pour la fonction et avec un comportement menaçant vis-à-vis de ses collègues. Le mouvement de colère s’est ravivé, le personnel percevant cette décision comme une ultime provocation. En assemblée générale, les travailleurs ont décidé le redémarrage de la grève pour obtenir le retrait de cette désignation. 

Et aujourd’hui, où en est-on ?
L’employeur a accepté de reporter le recrutement d’un coordinateur pédagogique et d’en affiner les compétences requises. La grève est levée. Toutefois, les représentants syndicaux continuent leur action syndicale pour l’amélioration des conditions de travail dans cette institution. Cela doit passer par un plan de formation du personnel en adéquation avec des objectifs de qualité d’accompagnement des résidents, le respect absolu de la concertation sociale, un plan d’action efficace en matière de politiques du bien-être.
Propos recueillis par Marie-Agnès Gilot


1 voir Droit de l’Employé de décembre 2017