And the winner is : les travailleurs !

Dans les relations sociales que bon nombre veulent aseptiser, les antagonismes sont souvent décrits comme des anomalies, la notion de rapport de force considérée comme dépassée, le conflit devient un gros mot. En l’espace d’une semaine, la CNE a fait la démonstration du contraire : victoire pour les travailleurs de Ryanair et victoire pour les aides familiales de Wallonie.

Au bout de nombreuses années de lutte, la direction de Ryanair va respecter le droit du travail belge pour tous ses employés résidant sur le sol belge. Ceux-ci peuvent maintenant s’organiser collectivement en se choisissant leurs représentants syndicaux. Dans un tout autre domaine, plus de 6.000 aides familiales wallonnes ont enfin pu faire reconnaître comme prépondérante la notion d’accompagnement social de leur fonction. La conséquence est qu’elles passeront toutes sous statut d’employé.

A première vue, ces deux conflits sont complètement différents : dans leur contenu, leur secteur, leurs métiers, la sociologie de leurs acteurs… Pourtant, ils ont en commun la même mécanique qui a conduit à leur succès respectif, mécanique indispensable quand il s’agit de faire progresser les droits des travailleurs. 

Cette mécanique tient en trois grands points : 

D’abord bien identifier les problèmes avec les gens concernés, à partir de leurs besoins, réalités et vécus de terrain. C’est à partir de là que sera construit un cahier de revendications cohérent qui constituera le fil rouge tout au long du conflit.

Ensuite, désigner l’adversaire. Pour faire avancer une revendication, il est primordial de bien identifier la partie dont l’intérêt est contraire au nôtre. Ce sera le point de départ des meilleures stratégies d’action.

Enfin, vient l’établissement du rapport de force. D’abord sensibiliser, conscientiser, convaincre pour ensuite amener à agir collectivement et faire pression sur l’adversaire. C’est à ce moment-là que se construira la victoire et que progressera l’intérêt général. Ces deux victoires syndicales battent en brèche ces fausses vérités que nous assènent bien des femmes et hommes politiques ou autres éditorialistes bien-pensants : non, nous ne sommes pas tous dans le même bateau. Les yachts que possèdent quelques-uns ont comme conséquence que d’autres se noient en empruntant des embarcations de fortune. La théorie du ruissellement (plus il y a de riches, moins il y a de pauvres) est une escroquerie, un mensonge. 

Il n’y a pas de miracle, les deux victoires syndicales sur lesquelles s’appuie cet édito ont toutes deux la même conséquence : elles donnent plus de moyens pour la collectivité, moins de dividendes pour les employeurs et les actionnaires. 

Dans le cas des aides familiales, les moyens mobilisés se substitueront aux cadeaux offerts inconditionnellement aux employeurs en réductions de cotisations ONSS. Chez Ryanair, l’accord signé avec la CNE obligera peut-être Michael O’Leary à construire moins de nouvelles ailes à son château. 

Le statut d’employé acquis pour les aides familiales leur donnera de meilleures conditions de travail et permettra un service plus humain pour les bénéficiaires. Chez Ryanair, l’obligation qui leur sera faite d’appliquer le droit du travail belge améliorera considérablement les conditions de travail de leurs travailleurs basés en Belgique. Cet accord aura aussi des répercussions positives en Europe, dans les secteurs du Transport de choses et de personnes. 

Ces deux dossiers illustrent bien une vérité, n’en déplaise aux éditorialistes bien-pensants et leurs articles aseptisants. Nous ne sommes pas tous sur le même bateau et le choix de mots consensuels ne changera jamais une vérité qui reste immuable : il n’y a pas de justice sociale sans redistribution équitable des richesses et il n’y a pas de de redistribution équitable des richesses sans rapport de force.

Tony Demonté, Secrétaire général adjoint