Commun, communes


“Le contraire d’une vérité banale, c’est un  mensonge banal.
Le contraire d’une vérité profonde, c’est une autre vérité profonde » (Niels Bohr)

Sans réfléchir : c’est quoi, le contraire d’un individu isolé ? Facile : c’est « tout le monde », c’est la foule. Le contraire d’un type tout seul, c’est 10 millions de personnes entassées…

En réfléchissant, maintenant : la foule (ou la file) d’individus identiques, ce ne serait pas plutôt la même chose que la solitude ? Ce qui nous sort de l’isolement, ne serait-ce pas de faire ou de vouloir quelque chose en commun ? Pour ne pas être « un type tout seul », ce n’est pas d’être « un parmi des millions » qui va faire la différence. C’est de me reconnaître dans un projet commun – que ce soit une tablée familiale, un groupe amical, une association locale ou un vaste mouvement social.
COMMUNES
Je pensais à cela en entendant, chaque matin, la liste s’allonger des communes qui rejettent le projet de « visites domiciliaires », ou platement dit de perquisitions sans mandats chez des citoyen-ne-s « coupables » de solidarité avec les migrants. On a ici deux conceptions du politique et du vivre ensemble : celle de Michel : « On a été élus pour 5 ans, donc plus personne n’a rien à dire pendant 5 ans. Vous êtes des millions d’individus isolés, taisez-vous, vous voterez en 2019, nous on décide comme on veut ». Les gens (trop) bien élevés appellent ça « la Primauté du Politique ». Les gens normaux appellent ça la démocrature « votez pour nous puis fermez vos gueules ».

Mais chaque matin on apprend que des citoyen-ne-s ou des conseils communaux se sont réunis, ont discuté, et ont rejeté ce projet de perquisitions sauvages. « Charbonnier est maître chez lui » dit la sagesse populaire : si j’aide une personne en difficulté, ce n’est pas un crime, et mon domicile doit rester inviolable, n’en déplaise à Charles Michel et à ses maîtres. Face à la démocrature, la résistance (des) commune(s) est notre fierté et l’espoir pour nos libertés. 
COMMUN
Cette histoire est le centième exemple d’une vérité frappante : la politique est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux seuls politiciens. La politique au sens noble (comment bien vivre ensemble) appartient à tous, aux citoyennes organisées, à celles et ceux qui refusent d’être un pion dans la file.

Sur la santé, associations de médecins, syndicats du secteur, maisons médicales et bien d’autres ont des choses essentielles à dire – et pas uniquement la ministre De Block qui se rêve en impératrice romaine.

Sur la justice, faut-il écouter seulement le gros avocat d’affaires qui nous sert de ministre (K. Geens) ? Ou bien les avocats, les juges, les historiens du droit etc. ?

Faut-il pour autant laisser chaque secteur de la société protester et se défendre séparément ? Les soignants, les professeurs, les cheminots… Non. L’ambition de l’importante campagne Tam Tam, lancée ce mois-ci par de nombreux collectifs, c’est de mettre en commun l’analyse des causes (pourquoi, dans un pays de plus en plus riche, vivons-nous de plus en plus mal ?) et la recherche de solutions communes. Cette mise en commun des indignations et des imaginations est essentielle : c’est pourquoi je vous invite à soutenir, partout là où vous êtes, cette campagne (lire page 14).

Viendra ensuite, ensuite seulement, le temps des partis politiques. Il y aura des élections, il faudra faire des choix, et nous espérons que l’écho du Tam Tam, la résonnance de nos colères et de nos espoirs, interpellera tous les partis. Et que pour une fois, en 2019, ce seront les femmes et les hommes de ce pays qui décideront des questions importantes, plutôt que de se laisser mener par le bout du nez par les experts en communication et publicité des partis tournant sur eux-mêmes.

Tam tam vous appartient : faites-vous entendre !
Felipe Van Keirsbilck,
Secrétaire général