Gilets jaunes et vestes vertes

Quand la télévision nous montre des casseurs, des expressions racistes, cette image des « Gilets Jaunes » nous horrifie à juste titre : rien n’excuse des messages de haine. Mais qui a oublié nos manifestations de plus de 100.000 personnes contre les politiques injustes de Ch. Michel, avec en fin de manifestation deux douzaines de casseurs brûlant des voitures. Et qui a oublié notre rage impuissante, quand la télé ne montrait que ces casseurs. Et les 100.000 autres, ce qu’ils avaient à dire, la vérité de leurs problèmes et de leurs demandes de justice ? Ils ne comptent pour rien ? Première ressemblance : si on veut savoir qui sont vraiment les Gilets Jaunes, ce qu’ils veulent vraiment, les images spectaculaires voulues par une presse avide de sensations ne suffisent pas. Personne aujourd’hui ne peut dire de façon définitive qui sont les Gilets Jaunes ni ce qu’ils veulent vraiment, et nous préférons parler avec eux plutôt que les condamner en bloc sur base d’images d’écervelés.

Seconde ressemblance : les Gilets Jaunes, comme les syndicalistes, sont parfois accusés de violence : mais les uns comme les autres réagissent à la violence globale d’un système de plus en plus inégalitaire et hypocrite. Bien sûr que la pollution du diesel est un problème grave. Mais comment accepter que ce problème soit payé seulement par les plus pauvres ? Quelle est la crédibilité d’un président Macron qui augmente le prix du carburant… mais fait Paris-Bruxelles en avion !? D’un gouvernement Michel qui a réduit de 3 milliards € la dotation au chemin de fer, et qui se révèle incapable d’adopter une position belge sur les défis climatiques ? Alors oui, condamnons la violence, mais commençons par la violence du système. Et ceci d’autant plus que le pouvoir actuel court-circuite systématiquement les lieux de concertation. C’est bien beau de dire aux gens « ne brûlez pas des palettes sur les carrefours »… Mais alors il faudrait arrêter de mépriser les mutuelles, les syndicats et les associations qui tentent de formuler leurs revendications dans les cadres de la concertation.

Les Gilets Jaunes (les pacifiques, pas les casseurs) impressionnent, aussi, par leur détermination. Plusieurs jours et plusieurs nuits à battre le macadam gelé : voilà un démenti clair aux discours convenus qui décrivent une population apathique et résignée. En ciblant des objectifs économiques stratégiques, ces militants improvisés montrent aussi que, pour se faire entendre, il faut de la détermination et de la persévérance. C’est un message auquel nous pouvons réfléchir, comme syndicalistes.

Alors, faut-il conclure que Gilets Jaunes et « Vestes Vertes » de la CNE sont faits pour s’entendre ? Peut-être. Et peut-être pas. Car si les Gilets Jaunes ont largement raison dans l’expression de leur colère, nous attendons de voir comment construire ensemble une réponse commune. Pour nous, il serait insensé d’isoler le prix du diesel de l’ensemble d’une politique. Le gouvernement Michel a baissé les salaires (saut d’index) et les pensions ; il a multiplié les flexi-jobs sous-payés ; il a désinvesti les transports en commun ; et il nous prépare pour 2019 et 2020 deux années (de plus) de blocage des salaires. Mais il offre (avec notre argent) des milliards aux multinationales. La solution réelle à la vie trop chère, c’est une augmentation des salaires et des pensions, et c’est une fiscalité plus juste. Avec ce gouvernement, seuls les gens simples paient des impôts. Les grandes fortunes et les multinationales en sont largement exemptées. C’est là le scandale global : nous invitons les Gilets Jaunes et tous les citoyens qui les soutiennent à y réfléchir ensemble.

Y réfléchir et agir ensemble. Le vendredi 14 décembre, dans toutes les entreprises de Wallonie et de Bruxelles, des actions auront lieu pour montrer les conséquences désastreuses de la politique des pensions de Daniel Bacquelaine et du blocage des salaires voulu par Charles Michel. Car il est possible de changer radicalement ces politiques. Nos actions du 14 décembre n’y suffiront pas, mais nous continuerons jusqu’au 26 mai. Le jour des élections, les ministres MR devront rendre des comptes, sur leurs politiques qui font de la Belgique un pays riche avec de plus en plus de pauvres, de moins en moins de dialogue et de plus en plus de colère.

Felipe Van Keirsbilck
secrétaire général