Temps de travail : une importance capitale

A la veille des élections, prenons le temps chaque mois de faire le point sur une des 8 thématiques qui ont été impactées par des mesures gouvernementales. En quoi influencent-elles notre quotidien ? Comment le gouvernement les a-t-il traitées ? Comment la CNE réagit-elle ? Ce mois-ci, zoom sur le temps de travail.

Qu’est-ce que ça change pour moi ? 
Généralement, le lieu de travail est l’endroit où un travailleur passe le plus de temps. C’est pourquoi le temps qu’il y passe a un impact immédiat sur son quotidien. Les modifications du temps de travail impactent donc aussi bien nos horaires professionnels que notre vie privée, ce qui nécessite de trouver une bonne conciliation et un juste équilibre entre les deux. Chacune des mesures du gouvernement en sa défaveur a donc un effet plus large que ce que l’on imagine au premier abord.
Le temps de travail peut se calculer de différentes manières : sur la journée, sur la semaine, sur l’année et sur la vie. Généralement, quand il est question de temps de travail, il s’agit surtout de temps de travail journalier ou hebdomadaire car c’est lui qui nécessite une certaine organisation au jour le jour.
Qu’a fait le gouvernement ? 
Le principal acte du gouvernement est la loi dite « Peeters » qui avait une volonté très forte de rajouter plus de flexibilité. Elle voulait surtout que ces possibilités ne soient pas négociées collectivement, ni rémunérées spécifiquement et qu’elles permettent de contourner la règle des 38 heures en moyenne.

C’était le projet initial mais il en reste certains points qui vont dans ce sens. En effet, nous avons évité largement les mesures non négociées. Toutefois, si un employeur veut intégrer de la flexibilité dans son entreprise, c’est toujours possible mais en nécessitant de passer par une négociation avec les représentants des travailleurs quand il y en a ou en passant par une modification du règlement de travail avec des balises bien claires dans la loi. Il y a une mesure qui a persisté : les heures supplémentaires volontaires, payées en plus et non récupérées. Elles peuvent être augmentées dans certains secteurs, ce qui amène la possibilité d’un temps de travail moyen à 40h et avec la capacité maximale d’augmentation à 45h par semaine.

La loi Peeters simplifie aussi radicalement le recours au temps partiel et supprime toute une série de possibilités de contrôle du respect de la législation pour la délégation syndicale et pour le travailleur lui-même.

La deuxième mesure, un peu plus positive, est la reconnaissance des horaires flottants. C’est une flexibilité plus utile au travailleur que ce soit pour lui-même et pour la conciliation avec sa vie privée.

Cependant, elle n’est accessible qu’aux personnes qui peuvent avoir des horaires flottants, donc généralement les travailleurs dans des bureaux. Tous ceux qui sont astreints à des horaires d’ouverture, à des équipes successives… sont largement exclus de cette mesure. Donc, même si elle est positive, cette mesure reste limitée. Toutefois, il est surtout important de préciser que cet acte légalise une mesure qui existait déjà et qui avait été obtenue par les travailleurs.

La troisième mesure du gouvernement est la mise en place de contrats de travail supplémentaires à un contrat de travail de base : comme les flexi-jobs et les contrats associatifs. Le modèle présenté par le gouvernement est un travail de base en 4/5ème et payé en 4/5ème et des travaux complémentaires qui déqualifient les travailleurs qui le font eux à temps plein.

Finalement, les projets du gouvernement ont modifié aussi sensiblement le temps sur la vie en reculant l’âge de la pension et en supprimant une série de possibilités en fin de carrière.
Et la CNE dans tout ça... 
Mais quelles sont donc les alternatives ? La réduction collective du temps de travail, RTT, en est une! Elle ne doit pas être linéaire. Effectivement, à long terme, le but est d’avoir une société où nous travaillons tous moins mais il est important que les réductions du temps de travail soient négociées, d’entreprise en entreprise selon les possibilités et la faisabilité sur le terrain. Ces réductions collectives du temps de travail ne sont pas les mêmes selon que la personne travaille en magasin, dans un bureau, dans un hôpital, dans une banque… La logique doit prendre ces spécificités en compte.

Les RTT peuvent se faire sur la journée, sur la semaine ou sur l’année : moins d’heures par jour, moins de jours ou d’heures par semaine, plus de congé sur l’année... Toutes ces mesures doivent être négociées pas à pas. Elles sont toutes permises par la loi mais il n’y a que très peu d’incitants dans celle-ci qui permettent d’alléger le coût de cette mesure pour un employeur.
Les employeurs font donc une fixation purement idéologique. La RTT continue à exister mais elle est individuelle et subie (chômage de masse, temps partiel… sans parler de toutes les formes de flexibilités que sont l’intérim, les contrats à durée déterminée…).

Et puis, il ne faut pas oublier toutes nos revendications en termes de crédit-temps : la réduction est collective mais les gouvernements successifs ont largement limité le recours à toutes les formes de diminutions de travail temporaires qui permettaient de souffler (les crédit-temps sans motifs ont disparu, les crédit-temps fin de carrière ont été divisé par trois, etc.). Toutes ces possibilités de souffler dans la vie ont été largement modifiées et se sont complexifiées. Il est donc important pour nous de revendiquer que les travailleurs puissent avoir accès à un droit au crédit-temps sans devoir par exemple justifier leur présence auprès d’un membre de la famille malade, jeune ou bébé. L’idée est de récupérer le droit au crédit-temps à la mesure du travailleur et pas seulement afin qu’il soit un soutien dans sa famille, notamment dans une perspective de genre. Le crédit temps sans motif était déjà utilisé généralement par les femmes dans une logique familialiste mais à partir du moment où il n’y a plus que cette logique qui existe, ce sont généralement une grande majorité des femmes qui optent pour le crédit-temps dans un ménage à deux revenus.

Ce sont donc autant d’alternatives qui permettraient à chaque travailleur de concilier son temps de travail (et donc sa vie professionnelle) avec son organisation quotidienne (et donc sa vie privée).