Pension mi-temps : ne vous laissez pas berner !


D’après le gouvernement, son projet de pension à mi-temps améliorerait les droits des travailleurs. A l’analyse, la mesure est inaccessible et ses conséquences incertaines.

A l’approche des élections, le gouvernement tente de vous faire oublier qu’il a fortement diminué vos droits de fin de carrière. Pour cela, il a imaginé la pension à mi-temps. L’idée est de vous permettre de partir à la pension à temps partiel et de continuer à travailler le reste du temps. Vos revenus seraient donc pour partie assurés par une partie de votre pension et votre rémunération à temps partiel.

Partout, le gouvernement claironne que c’est une avancée pour les travailleurs. Sur papier, l’idée est d’ailleurs séduisante. Elle se présente comme une nouvelle manière de lever le pied en fin de carrière. En pratique, ce projet est si imprécis et nocif qu’il a été rejeté en bloc par les syndicats… et les employeurs !
UN DROIT INACCESSIBLE
Pour bon nombre d’entre vous, la pension à mi-temps sera une illusion. En effet, elle ne sera accessible qu’à celles et ceux qui remplissent les conditions d’accès à la pension anticipée (63 ans et 42 années de carrière, sauf rares exceptions).

Par ailleurs, la formule est inaccessible si vous n’avez pas presté au moins un 4/5ème l’année qui précède la demande (crédit-temps, RCC, maladie, temps partiels inférieurs).
En outre, vous ne bénéficierez de votre pension à mi-temps qu’à la condition de continuer à travailler en parallèle. Il est donc tout à fait possible que vous entamiez une pension à mi-temps et soyez amené à devoir y renoncer parce que vous êtes victime d’une incapacité… ou que vous perdez votre emploi.
Enfin, c’est un droit qui peut coûter cher. En effet, vos revenus seront affectés puisque vous arrêterez partiellement de travailler avant d’avoir une carrière complète (45 ans). Le montant de votre pension sera moindre, puisque la moitié (prestée) sera calculée sur 45 années de carrière et l’autre moitié (pension à mi-temps) sur 42, 43 ou 44 années. Il y a donc de fortes chances que cette option ne soit accessible qu’à celles et ceux qui peuvent se le permettre financièrement.
UN PROJET FLOU
La pension à mi-temps n’est pas une réalité aujourd’hui. C’est un projet dans les cartons du gouvernement. Un projet flou et bâclé.
En effet, le gouvernement n’a pas réfléchi à de nombreuses implications pratiques du projet. A titre d’exemple, il est impossible de définir le traitement fiscal qui sera réservé aux pensionnés à mi-temps. Autrement dit, l’incertitude est totale quant aux revenus de celles et ceux qui exerceraient ce droit.

Qui plus est, le gouvernement n’apporte pas une série de précisions essentielles. Il est, par exemple, impossible de définir si la pension à mi-temps est un droit que vous pouvez exercer sans condition ou si l’accord de votre employeur sera nécessaire : ce qui est loin d’être un détail !
PAS UN DROIT SUPPLEMENTAIRE
Le gouvernement tente de vous faire croire que la pension à mi-temps s’ajoute à vos autres droits en fin de carrière (principalement le crédit-temps ou à la prépension). En réalité, le gouvernement a réduit la panoplie de vos droits en fin de carrière (quasi fin de prépension et forte limitation des crédits-temps). Sans parler de l’âge de la pension qu’il a porté à 67 ans et des mesures qui en diminuent le montant. La pension à mi-temps n’ajoute pas une option pour votre fin de carrière. Au mieux, elle vient remplacer des droits qui existaient avant et que le gouvernement a supprimé.

La pension à mi-temps n’est donc pas un droit supplémentaire qui vous serait généreusement offert par le gouvernement. Or, cette option est moins facilement accessible et ses conséquences sont totalement incertaines (notamment sur le plan financier).
Michaël Maira