Pension à points : danger !

Le gouvernement fédéral veut mettre en place un système de pension à points. Il nous dit que ce système est plus simple et plus prévisible que celui qui existe aujourd’hui. Le 19 décembre dernier, vous vous êtes massivement mobilisés contre cette mesure. Parcce qu’elle n’est ni plus simple, ni plus prévisible !

Le gouvernement nous annonce un nouveau système de pensions. Le montant de votre pension se calculerait selon la formule suivante :
Nombre de points X Valeur du point
X Coefficient de conversion
Selon le gouvernement, cette formule est plus simple et garantit un montant de pension plus facilement prévisible. Faux ! Démonstration…
Etape 1 - Des points
Le nombre de points que vous rapporte une année de travail est défini en divisant vos revenus annuels bruts par le revenu annuel moyen des travailleurs du privé. Si, par exemple, vous gagnez 30.000€ annuels brut et que la moyenne des revenus des travailleurs du privé est de 35.000€, vous aurez 0,8 point (= 30.000 / 35.000).
Moins vous gagnez, moins vous aurez de points. La pension à points pénalise donc les faibles revenus (les temps partiels notamment). De même, elle pénalisera celles et ceux qui ont connu des périodes de chômage, de maladie ou de crédit-temps. Enfin, des plafonds sont prévus pour les revenus plus élevés que la moyenne. Ils ne gagneront donc pas plus en comparaison au système actuel.
Etape 2 - La valeur du point
Une fois le (maigre) total de vos points défini (voir ci-dessus), il est multiplié par la valeur d’un point. Cette opération pose deux problèmes majeurs.
Premièrement, la valeur du point est définie au moment où vous prenez votre pension. Par exemple, il sera défini en 2030 pour celles et ceux qui prennent leur pensions en 2030. Puisque la valeur de vos points est définie à la fin de votre carrière, impossible d’anticiper le montant de votre pension pendant que vous travaillez. Un modèle à points n’est donc ni plus simple, ni plus prévisible puisque vous devez attendre la fin de votre carrière pour connaître le montant de votre pension.

Deuxièmement, puisque la valeur du point est fixée chaque année, le risque est grand de voir un gouvernement revoir les pensions à la baisse d’une année à l’autre. En cas de crise financière, par exemple. A nouveau, rien de simple et de prévisible dans tout cela !
Etape 3 - Le coefficient de conversion
Le montant obtenu aux étapes 1 et 2 doit encore être multiplié par un coefficient de conversion. En cas de carrière incomplète, ce coefficient est inférieur à 1. En conséquence, votre pension sera plus basse. Le coefficient vise donc à sanctionner les carrières incomplètes.
Le système à points est donc uniquement basé sur le nombre d’années qu’il faut travailler. Il n’existe donc plus d’âge de départ à la pension (65 ans aujourd’hui, 67 ans bientôt). Si vous travaillez le nombre d’années requis, vous n’êtes pas pénalisé-e. Si vous travaillez moins, vous êtes sanctionné-e. Le nombre d’années requis pour totaliser une carrière complète est défini par le gouvernement. Et le modèle envisagé prévoit que la condition de carrière augmentera automatiquement si l’espérance de vie augmente. Avec un tel système, l’augmentation de la durée des carrières risque d’être coulée dans le marbre.
Bref, avec un système à points, impossible de partir à la retraite à un âge fixe. Et les règles du jeu pourront encore plus facilement être modifiées en cours de route. Une nouvelle fois, le modèle n’est ni simple, ni prévisible.
Tous perdants
Le gouvernement tente de nous faire croire qu’un système de pension à points est plus simple et plus prévisible. Il n’en est rien. La seule chose que ce système simplifie est la possibilité de faire des économies sur le dos de votre pension (en adaptant la valeur du point ou en augmentant la durée des carrières). Avec un tel système, ces mesures néfastes sont, en effet, prévisibles.
Michaël Maira