Pensions : nous marquons des points!

Le mois passé, cet éditorial posait une question : votre pension, la préférez-vous saignante, « à points » ou cramée ? Tout le mois de décembre, on a entendu le ministre des Pensions (en réalité, ministre des Assureurs) glapir que les syndicats mentaient, qu’il n’y aurait pas de baisse des pensions, que le système « à points » serait simple et prévisible, que la pénibilité serait prise en compte. La perruque jaune en moins, Charles Michel a même dû jouer son petit Donald Trump et qualifier de « fake news » ou de désinformation nos chiffres et nos arguments.

Et puis… Et puis il y a eu de multiples débats dans les médias, des écrits des uns et des autres. Au total (voir encadré « le vrai et le faux »), aucun de nos chiffres, aucun de nos arguments n’a été contredit sérieusement. Seule reste une jérémiade du Premier ministre : « vous ne devriez pas inquiéter les gens ».  On croirait entendre Monsanto reprocher aux médecins de l’OMS de dire que le Round-Up est cancérigène ! Quel est le vrai problème : le poison, ou l’alerte des médecins ? La pension à points, ou la preuve qu’elle va nous appauvrir et nous asservir ?

Et puis il y a eu 40.000 manifestants dans les rues pour dire NON aux pensions à points, et un Front Commun de l’ensemble des syndicats pour (enfin !) montrer une réelle résistance aux projets de ce gouvernement. Ces projets sont, pour rappel : remplacer notre système de pensions insuffisant mais robuste par une « pochette surprise » minimaliste (vous découvrez la valeur du « point » seulement en arrivant à la pension), qui nous obligera à travailler (beaucoup) plus longtemps pour conserver notre pension, ou à recevoir (beaucoup) moins si on veut partir à l’âge prévu, et à compléter (pour les plus riches) la pension légale par des assurances-pensions qui sont de très juteuses affaires… pour les assureurs (justement les bons amis de Daniel Bas-de-Laine).

Et voilà : Noël est passé, la grande loi promise par le Sinistre des Pensions sur la pénibilité n’est pas arrivée, il n’y a toujours aucun accord dans ce gouvernement d’affairistes sur comment, concrètement, on basculerait de notre système à points : le seul accord qu’il y a c’est pour couper 625 millions dans le budget des pensions, nous obliger à travailler au moins jusqu’à 67 ans, et baisser (jusqu’à 140€ par mois) la pension de celles et ceux qui auraient eu le tort de prendre un crédit-temps ou une prépension. Comme le titrait le principal quotidien flamand après la manif réussie : « Le dossier des pensions est le talon d’Achille de ce gouvernement ». Visiblement, le chaos que nous dénonçons depuis des semaines (voir chaossurlespensions.be) s’aggrave de jour en jour, et ce gouvernement ne voit pas comment s’en sortir.

Tout cela me permet de vous souhaiter, avec confiance, une bonne année 2018. Le gouvernement aux ordres  de la N-VA a fait beaucoup de mal à notre pays depuis 3 ans, mais 2018 est peut-être l’année où nous arrêterons ce bulldozer. C’est possible : avec des syndicats unis et déterminés, avec des citoyen-nes qui ne se laissent pas intimider ni résigner.

Vous avez offert ces jours-ci, à vos proches et à vos enfants, plein de cadeaux et de vœux de bonheur. En 2018, offrez-leur une société digne et debout, confiante dans son avenir. Préférons la sécurité collective au sauve-qui-peut et au chacun pour soi. Préférons, à la collaboration honteuse et piteuse, la résistance fière, pour que l’avenir reste ouvert.
Felipe Van Keirsbilck,
Secrétaire général

PENSIONS : QUI DIT VRAI ?  QUI DIT FAUX ?
Nous avons adressé au gouvernement une douzaine de critiques graves sur ses projets en matière de pensions. Le Premier ministre a répondu « mensonges ! » : mais quand nous l’avons invité à contredire vraiment, sur base de chiffres ou de textes, ne serait-ce qu’une seule de nos critiques, ce gouvernement s’est mis à se taire dans toutes les langues. Ne nous croyez pas sur parole : vérifiez le tableau « Qui dit vrai ? ».