La RTT, un vrai projet de société


Ce n’est pas un hasard si la réduction collective du temps de travail revient régulièrement dans les débats et dans tous les cercles : économistes, sociologues, historiens, écologistes sont de plus en plus nombreux à prôner une meilleure répartition du travail pour répondre aux défis de notre société. La RTT a effectivement de quoi séduire… Faisons le tour de ses principales vertus.

Bon pour le moral
Mai fait partie de vos mois préférés de l’année, et pas seulement lorsqu’il fait beau ? Avec les 3 jours fériés qui s’y donnent rendez-vous, le mois de mai donne en effet un joli aperçu de la semaine des 4 jours, et rares sont celles et ceux qui s’en plaignent. Travailler moins permet effectivement de se reposer, mais aussi et surtout de s’épanouir dans d’autres activités, fussent-elles du travail, mais non rémunéré, comme embellir la maison ou le jardin, aider des amis, s’engager dans un projet bénévole… Sortir du rythme métro-boulot-dodo, changer de décor et profiter de sa famille et ses amis fait un bien fou au moral et nous rappelle alors que non, nous ne sommes pas sur Terre uniquement pour travailler au bureau ou à l’usine.
Bon pour la santé
Le travail, c’est la santé… à condition de ne pas en abuser. Les maladies professionnelles ne sont pas une expression fantasmagorique : dans certaines conditions, notamment la surcharge physique et psychologique, le travail nuit à la santé et le premier geste qui sauve est alors de lever le pied. D’ailleurs, le ministre Peeters lui-même en est conscient. Dans sa réforme du travail, qui impose une forte flexibilité aux travailleuses et travailleurs, il prévoit une formation pour leur « apprendre à résister eux-mêmes au stress » et ainsi éviter le burn-out. Quel cynisme ! La RTT, en diminuant le temps passé au travail et le stress qui y est lié, est sans aucun doute une bien meilleure mesure de prévention.
Bon pour l’économie
Quand le chômage dépasse le seuil des 4 ou 5%, la solution la plus efficace pour l’enrayer est de réduire collectivement le temps de travail. C’est mathématique : si on diminue le temps de travail des personnes qui sont déjà embauchées, on libère des emplois pour les chômeurs et on augmente l’horaire des petits temps partiels. Avec effets retours en cascade : RTT= plus d’emplois = plus de cotisations = moins d’allocations de chômage = moins d’absentéisme = une économie qui tourne...
Bon pour la société
À votre avis, de quoi dépend le niveau de bonheur d’une société ? Eh bien les études démontrent qu’une société heureuse n’est pas liée au niveau de vie de ses membres, mais bien au niveau de leur égalité de revenus. Comprenez : à partir d’un certain seuil, qui permet d’assurer notre existence, notre bonheur augmente au fur et à mesure que les inégalités diminuent. En répartissant mieux le travail disponible, la RTT contribue largement à diminuer les inégalités et à renforcer la cohésion sociale.
Bon pour la planète

Lorsque l’on veut créer de l’emploi, deux solutions se présentent : relancer la croissance ou répartir le travail disponible entre ceux qui en ont (parfois trop) et ceux qui n’en ont pas assez ou pas du tout. D’un point de vue écologique, la première option n’est pas nécessairement la bonne, du moins si la croissance concerne les secteurs de production et de consommation de biens. À l’heure où le réchauffement climatique et les autres conséquences de notre pollution sont alarmants, compter sur une relance par la consommation est périlleux. Une fois encore, la réduction collective du temps de travail semble donc la meilleure piste pour créer de l’emploi sans alourdir le fardeau de notre planète.
Julie Coumont

Travailler moins pour travailler tous

Vous faites partie des plus de 600.000 personnes qui ne trouvent pas d’emploi en ce moment en Belgique. Une situation qui n’a rien de passager puisque cela fait plusieurs décennies que nous sommes confrontés à un chômage « structurel », c’est-à-dire dû à notre système économique. On considère en effet qu’en-deçà du taux de 4 à 5%, le chômage est en quelque sorte « normal » et illustre simplement une tournante entre les travailleurs qui quittent un travail pour un autre à un moment de leur carrière. Avec un taux actuel autour des 8 à 9%, nous sommes clairement face à un autre phénomène.
Quand l’emploi se fait rare, et que la croissance n’est pas suffisante pour en créer de nouveaux, il reste une solution : répartir le travail disponible. Au lieu de charger les travailleurs qui ont déjà un emploi, comme le propose la réforme du travail de Kris Peeters, il s’agit de redistribuer le travail auprès des sans-emploi et des temps partiel.
C’est prouvé : la réduction collective du temps de travail a toujours été la réponse la plus efficace au chômage de masse. En diminuant la durée du temps plein, on dégage du travail et on crée des emplois grâce aux embauches compensatoires.

Travailler moins pour vivre plus

Vous travaillez à temps plein et pourtant vous avez l’impression que ce n’est pas encore assez pour faire tout le boulot qui vous est confié ? Vous enchaînez peut-être les heures sup’ ou vous courrez pour boucler vos dossiers avant la fin de la journée… tout en vous répétant sans doute qu’avoir un temps plein est une chance, à l’heure où décrocher un horaire complet relève du parcours du combattant dans certains secteurs.
Arrêtez-vous quelques secondes et demandez-vous ce qui vous satisfait exactement dans ce temps plein. Le fait de prester 38 heures par semaine, où plutôt tous les avantages que seul un temps plein peut offrir, comme un salaire complet, l’opportunité des promotions et l’accès aux postes à responsabilité ? Imaginez un instant que vous bénéficiez de tous ces avantages en prestant moins… Tenez-vous toujours autant à vos 38 heures ?
Si travailler moins vous semble impossible aujourd’hui, rappelez-vous que certains se posaient les mêmes barrières lorsqu’on est passé de 48 à 40 heures par semaine… Pourtant, cette réduction collective du temps de travail s’est avérée tout à fait réaliste et bénéfique. Car en matière de durée du travail, tout est relatif : si le temps plein de référence diminue, tout le monde en profite. Le temps de travail n’est pas une donnée économique, mais bien un choix de société. Il y a bien d’autres choses à faire dans la vie que d’effectuer un travail salarié : partager des moments avec sa famille et ses amis, se distraire, se cultiver, s’engager, faire du bénévolat… profiter de la vie, tout simplement !

Travailler moins pour vivre mieux

Envisager une réduction collective du temps de travail alors que vous vous esquintez à grappiller quelques heures pour étoffer votre contrat et vos fins de mois peut paraître franchement à côté de la plaque. Pourtant, la RTT a un effet direct et positif sur les contrats à temps partiel. En effet, le temps partiel étant une proportion du temps plein, tout est calculé au prorata de cette durée de référence : salaires, congés, montant de la pension... Donc, lorsqu’on diminue le temps plein de référence, le temps partiel est automatiquement revalorisé. Prenons un exemple : le temps plein est à 38 heures et vous prestez un mi-temps, à savoir 19 heures. Si le temps plein passe à 32 heures, vous presterez 19/32ème au lieu de 19/38ème, et donc bien plus qu’un mi-temps. Résultat : votre salaire, vos congés et même le montant de votre pension augmentent.