Qui en profite ?

« Il faut prendre l’argent là où il se trouve :
chez les pauvres. D’accord, ils n’en ont pas
beaucoup, mais ils sont si nombreux ! »
Alphonse Allais

Il est désagréable de se faire voler. Et plus désagréable encore d’être pris pour un imbécile par celui qui vous vole. Alors, préparez-vous…

Le gouvernement Michel-De Wever crie partout « grâce à nous, tout le monde va gagner quelques euros par mois ! Et vous le verrez sur votre fiche de paie ! ».  Merci d’abord pour les pensionnés, les étudiants, les chômeurs, les invalides, qui apparemment ne comptent pas dans
« tout le monde » : eux ne verront pas passer ce « cadeau ».
Ensuite, ce qui se verra (peut-être) sur nos fiches de paie, c’est une diminution du précompte, qui est seulement un « acompte » sur l’impôt. C’est donc dans un an que nous ferons les comptes, les vrais, de ce que ce gouvernement nous coûte : quand nous ferons l’addition des taxes nouvelles et des pertes réelles.

Ces pertes, hélas, nous pouvons les chiffrer, car elles ne sont pas faites de promesses taillées dans du brouillard, mais de coupes réelles dans nos revenus. Après 3 ans de blocage des salaires, nous subissons un saut d’index qui nous fait perdre, dès aujourd’hui et chaque année à nouveau, 2% de tous nos revenus. A cela s’ajoutent des taxes sur l’électricité et la consommation, une hausse du prix des transports, et des coupes dans les budgets santé et pensions que nous paierons tôt ou tard.

Chaque famille le sentira passer à sa manière, et alors la petite baisse du précompte dont le gouvernement se fait une gloire nous apparaîtra pour ce qu’elle est : la cuillerée de confiture dans laquelle on a dissimulé l’amère pilule. Pour savoir ce qu’il en est pour vous, n’hésitez pas à vous rendre sur le calculateur renseigné ci-dessous : en moyenne, les pertes directes nettes tournent entre 700 et 1500 € par an par ménage.

Bref : on nous vole – c’est désagréable – et on essaie de nous faire croire que c’est un cadeau, comme si nous étions incapable de faire nos comptes : c’est très désagréable.

Mais la vraie question est : qui en profite ? Car si nous étions en situation de pénurie générale, s’il fallait que chaque acteur de la société fasse un effort, si ces efforts étaient portés par tous, et honnêtement répartis, on pourrait comprendre. Ce n’est pas le cas : d’une main ce gouvernement coupe dans votre budget familial ; et de l’autre il offre aux entreprises un paquet de 4 milliards de cadeaux. Vous trouvez cela choquant ? Eux aussi ! C’est pour cela qu’ils drapent ce scandale sous une vaste fumisterie : ces milliards de cadeaux vont « créer des emplois ». Peu importe que cette fable soit répétée depuis 30 ans, peu importe que les faits la démentent à chaque fois, peu importe les millions donnés (sur notre compte) à Ford Genk ou à Mittal, peu importe que les grandes entreprises arrosent leurs actionnaires en même temps qu’elles licencient, comme Fortis (mille emplois en moins,
2 milliards d’euros envoyés à l’actionnaire à Paris).

Que faire face à ce scandale ? Nous lamenter jusqu’en 2019, sans même l’espoir de pouvoir alors voter contre ce gouvernement de destruction massive, puisque nous avons déjà voté contre lui en 2014, et qu’il nous a été imposé par la trahison d’un parti (près de 80% des Wallons et des Bruxellois n’ont pas voté pour le MR).

Non. Dans les semaines qui viennent, vous verrez dans vos entreprises fleurir la campagne « Qui en profite ? ». Dans les entreprises, nous voulons récupérer en salaire ou en temps libéré le plus possible de l’argent que le gouvernement Michel-De Wever vous a pris. Et dans les débats publics, montrer que nous vivons sous un gouvernement qui malmène ses citoyens pour que ceux qui ont accumulé beaucoup de capital puissent en accumuler davantage. Ces choix sont lourds de violences futures, et c’est grand dommage, car de tout autres choix sont possibles. C’est par exemple ce que proclamera la seconde édition de la « Grande Parade » du mouvement citoyen Tout Autre Chose : il y a des milliers d’alternatives au néolibéralisme et à l’égoïsme des très riches !

Felipe Van Keirsbilck
secrétaire général