Qui garderait mon bébé ? (s’il n’y avait pas de grèves)

Le secteur de l’aide à domicile, aides familiales, garde à domicile, aides ménagères, joue un rôle précieux auprès des personnes âgées ou handicapées, de familles en difficulté. Pourtant, un millier de ces emplois était menacé en Wallonie. La CNE s’est battue durant des mois pour trouver, avec les ministres compétents et les employeurs, un accord qui permette de sauver et requalifier ces emplois. Chose faite depuis quelques jours : loin de perdre leur emploi, ces 1000 travailleuses passeront dans des emplois stables et mieux rémunérés au  1er janvier 2016.

Les « accueillantes » offrent des alternatives aux « crèches » en accueillant des petits bouts chez elle. Depuis plus de 10 ans, la CNE a mené des actions – souvent bien seule – pour que leur travail soit reconnu, non pas comme un « petit boulot », mais comme un vrai emploi utile, qui donne droit à des congés et à une protection sociale. Combat désormais presque gagné (p 3).

Dans le commerce aussi, c’est l’action des militants et militantes de la CNE, à travers des négociations difficiles, des grèves et des piquets devant les magasins, qui a permis bien souvent de sauver des emplois, comme à Belgique Loisirs, où nous avons pu éviter des licenciements par le passage à 34 heures, sans perte de salaire. 

Encore un exemple, plus local : l’association «Domaine de Taintignies  » (Maison d’hébergement pour personnes handicapées) voulait supprimer 8 postes d’éducateur. La délégation CNE a refusé. Elle a su réunir tout le personnel derrière elle, et imposer son alternative : réduction collective du temps de travail  (de 38h à 36h), et zéro emplois perdus.

Je pourrais aligner de tels exemples durant des dizaines de pages. Partout, tout le temps, votre syndicat sauve des emplois, améliore le statut et le salaire des travailleurs les plus précaires. Et améliore la qualité des services rendus, car qui aurait à gagner d’un magasin sans caissières ou d’une société sans aides familiales ?
Mais aucun de ces progrès (ou de ces moindres reculs) n’a été obtenu grâce à la seule gentillesse d’un patron ou d’un ministre. Dans chaque cas, il a fallu négocier, et pour négocier, il faut représenter une force : beaucoup d’affiliés et de militants prêts à l’action.
Dans certains cas, notre travail de défendre vos droits est passé par la grève. Dans tous les cas, il a pu s’appuyer sur la menace que représente notre capacité de faire grève.

Il faut oser le dire à voix haute : le droit de grève n’a pas seulement obtenu, il y a bien longtemps, le suffrage universel et la protection sociale ; il permet chaque année, chaque semaine, de créer et de sauver des emplois, d’améliorer les salaires et les statuts, de rétablir un petit peu de justice face au pouvoir de l’argent.

Or le droit de grève ne signifie rien s’il est, comme le MR voudrait le faire croire, un simple droit individuel, détaché de toute action collective. La direction de la Poste vient d’en apporter une preuve éclatante, en engageant des intérimaires pour remplacer les postiers en grève. Voilà le rêve du MR : que les travailleurs prêts à se battre pour défendre leurs droits et ceux des autres fassent la grève individuellement (et perdent leurs journées de salaire), s’ils en ont l’envie; et que les patrons fassent travailler d’autres à leur place : des remplaçants, ou bien leurs collègues qui sont dans une situation trop précaire pour faire grève (des CDD, des contrats précaires, des personnes en difficulté…).

Un seul instrument permet à ces travailleurs plus précaires d’échapper à « l’obligation de travailler » lors des grèves, et permet que la grève ait une efficacité (et donc profite finalement à tous, grévistes et non-grévistes) : c’est le piquet de grève. Sans violence, nous continuerons, quoi qu’il arrive, à défendre le droit à des grèves réellement collectives. Et donc le droit à empêcher l’accès à une entreprise en grève, ou à un zoning ou un centre commercial en grève.

C’est sur l’existence de ce droit d’organiser des grèves efficaces que repose notre force de négociation. Aussi dans les 99% de cas où nous ne faisons pas grève, où nous négocions « simplement » (mais parfois longuement…) pour sauver des emplois et améliorer des services.

La prochaine fois que vous déposerez votre bambin à la crèche ou chez sa « nounou », la prochaine fois que vous recevrez, avec votre ticket, le sourire de la caissière, pensez-y. Remerciez la travailleuse ou le travailleur qui vous sert. Et remerciez le droit de grève, et le droit au piquet de grève, qui font qu’elle (ou il) est là !
Felipe Van Keirsbilck,
Secrétaire général.