Collaborer ou résister ?

Il y a un an, deux hommes ont pris une décision dont les conséquences pèseront longtemps et lourdement sur notre vie et celles de nos proches.
En Flandre, Kris Peeters, l’homme fort du CD&V (parti qui se prétendait autrefois « centriste ») a décidé de s’allier à la N-VA. Petit rappel : contrairement aux espoirs de Bart De Wever, les élections de mai 2014 n’avaient pas permis à la N-VA de se rendre incontournable. D’autres choix étaient possibles, mais le soir même des élections, Kris Peeters s’affiche avec Bart De Wever, comme les deux meilleurs amis du monde, et place au centre du jeu celui dont les deux objectifs sont la destruction de la Belgique et la destruction de la sécurité sociale.
Evidemment, il fallait encore trouver des partis francophones pour accepter de jouer ce jeu-là. Tous avaient juré leurs grands dieux qu’ils refuseraient de négocier avec la N-VA si c’était possible de l’éviter. C’est là qu’intervient le second homme, quelques jours après. Prenant ombrage et prenant prétexte d’accords précipités en Région wallonne, Charles Michel prend la décision de faire de son parti le marchepied du gouvernement N-VA. Peu lui importent ses promesses, peu lui importent les conséquences pour les travailleurs, les Wallons et les Bruxellois, peu lui importe qu’il ne représente qu’un francophone sur cinq : seule lui importe sa carrier.
Ces deux hommes (j’écris bien « hommes » au sens masculin : il est frappant qu’aucune femme n’ait joué de rôle significatif dans la mise en place ni dans l’action de ce gouvernement) ont donné les clés de notre pays et de notre système social à un homme qui veut les détruire.
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Les premiers mois de ce gouvernement ont soulevé une opposition massive : manifestation monstre et grèves très bien suivies ont d’abord paralysé ce gouvernement de destruction sociale. Mais dès que la mobilisation a faibli, il a foncé comme un bulldozer au travers de nos droits : saut d’index (coût moyen par travailleur : 20.000€ nets sur sa carrière), allongement des carrières (de 2 à 7 ans en plus selon les situations), avalanche de taxes nouvelles, attaques inouïes contre les femmes (jusqu’à 20% de perte de revenus en 2017 pour le temps partiel), les jeunes, les prépensionnés…
Certains, s’accrochant à cet espoir comme un naufragé s’accrocherait à un brin de paille, ont voulu, au printemps, nous faire croire que le futur « Tax Shift » viendrait compenser les injustices.
Hélas, ce « Tax Shift » dévoilé cet été est pire encore que ce que nous craignions ; et il vient confirmer que ce gouvernement est bien celui des ultra-riches, qu’il est au service de 1% des Belges ou des quelques pourcents les plus puissants et les plus fortunés. Voyez – pages 4 à 6 – notre première analyse : les travailleurs vont payer très cher des cadeaux offerts aux entreprises – sans condition aucune.
Avec ce « Tax Shift » qui rajoute une injustice massive à la masse des injustices décidées par Michel-De Wever, le dernier masque est tombé. Malgré qu’il y a des alternatives plus justes et plus efficaces (lire page 7), ce gouvernement ira, dans la destruction de nos droits, aussi loin que possible. Il ne s’arrêtera que quand nous l’arrêterons. Le choix est simple : collaborer ou résister.
Résister à ce gouvernement qui ne représente pas les Wallons et les Bruxellois (ni les intérêts des travailleurs flamands) demandera du temps, de l’imagination, et du courage.
Collaborer – fût-ce passivement – serait insulter nos parents et voler nos enfants. Nos parents qui ont construit, à force de luttes, un monde de droits et d’une certaine égalité – imparfaite, mais appréciable. Nos enfants à qui nous devons léguer cet héritage de droits.
Le choix de de la CNE a été clair depuis le début. De nombreuses autres organisations déclarent vouloir rester ensemble pour résister : la manifestation nationale du 7 octobre sera notre premier rendez-vous : en y participant nombreuses et nombreux (chacune et chacun peut se libérer de son travail en se déclarant en grève au besoin) vous adresserez à MM. Michel et De Wever un message clair : vous défendez des intérêts opposés aux nôtres ; aussi longtemps qu’il le faudra, nous résisterons ! Ensemble !
Felipe Van Keirsbilck, Secrétaire général